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04/03/21 | 17 h 51 min par OUEST FRANCE

MER DE CHINE : La Chine prélève des millions de tonnes de sable en mer, Taïwan irritée.

Une partie de la flotte chinoise de dragues en plein pompage au larges des îles Matsu. Reuters


 

Taïwan est un caillou douloureux sous le pied de Pékin, les îles Matsu sont autant de grains de sable qui irritent le géant chinois. Ces 19 îles, hauts lieux du tourisme taïwanais, sont situées à une vingtaine de kilomètres du rivage de la république populaire. Également contrôlé par Taïwan, l’archipel de Kinmen (15 îles) n’est, lui, qu’à deux petits kilomètres de la Chine continentale alors que les 90 îles de l’archipel Penghu trônent à 140 km du continent.

Les archipels taïwanais près de la côte chinoise. | OF
Matsu, petite voisine de la grande Chine, a vécu débonnairement depuis des décennies. Mais la quiétude de ses eaux est de plus en plus souvent troublée. On est certes loin des bombardements chinois de 1958, mais Pékin vient d’y lancer la « guerre du sable » à coups de dragues qui puisent des millions de tonnes de sable. Conjuguée aux intrusions de l’aviation chinoise dans la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan, cette campagne d’extraction forcenée n’est pas sans inquiéter. En 2017, seules deux incursions de dragues chinoises avaient été observées, puis 71 en 2018 et 600 en 2019. L’an dernier, ce sont 3 987 passages de dragues qui ont été comptabilisés.
Une drague chinoise vue du pont d’un patrouilleur taïwanais. | REUTERS
L’appétit chinois pour le sable et les granulats marins nécessaires à la construction explique-t-il ce dragage forcené à quelques encablures du rivage des Matsu ? En 2018, les besoins chinois en sable étaient de 18 milliards de tonnes contre 4 en 2013. La demande chinoise est donc soutenue et sous tension parce que le dragage a été interdit dans certaines zones fluviales ou alluvionnaires continentales ; l’extraction dans le fleuve Yang-Tsé-Kiang a été contrôlée depuis 2000. En outre, les Chinois ont lancé un projet de construction d’un terre-plein littoral devant leur ville côtière de Wenzhou. Le projet de conquête sur la mer prévoit 66 km2 de terres gagnées sur les eaux ! D’où un gigantesque besoin en granulats marins. Les objectifs chinois ne se limitent pas à la simple extraction, selon les autorités taïwanaises qui dénoncent une manœuvre d’envergure d’intimidation et de harcèlement. Une manœuvre qu’ils ont du mal à contrecarrer. Lin Chie-ming, le commandant des garde-côtes des Matsu, ne dispose que de neuf petits patrouilleurs. Que faire, comme le 25 octobre dernier, lorsqu’il faut repousser une armada d’une centaine de navires sabliers chinois ? Outre dévaster les fonds marins, le pompage du sable provoque d’autres dégâts. En 2020, cinq ruptures de câbles sous-marins ont été constatées. La pêche et le tourisme en pâtissent aussi. Quant aux quelque 13 000 habitants de l’archipel, ils assistent avec inquiétude à ces intrusions navales et aux survols de l’aviation chinoise. Et ils se rappellent qu’il existe toujours des abris antiaériens des années 1950.]]>

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