Bonjour,
1. Comment avez-vous trouvé ces informations sur la détention des Ouïghours ?
Depuis plusieurs années, mes recherches s’appuient sur des documents du gouvernement chinois qu’ils publient sur leurs sites Internet et sur les reportages des médias de l’État chinois ou des médias locaux du Xinjiang.
J’ai donc des documents politiques du gouvernement qui parlent de ce projet. J’ai des documents détaillés au niveau des comtés et des préfectures des régions plus défavorisées qui fournissent des documents très précis.
Comment le programme est-il mis en œuvre ? Quelles sont les modalités ? Que font les fonctionnaires du gouvernement ? Ce sont les codes d’un État policier. Dans un État policier, les mécanismes de contrôle social sont de plus en plus documentés. Et puis j’ai beaucoup d’histoires concrètes, de témoignages précis, même de la part de Ouïghours.
Le gouvernement chinois met en ligne beaucoup de documents dans une volonté de transparence et dans le cadre de la lutte contre la corruption voulue par Xi Jinping. Les gouvernements sont sous pression. Ils doivent publier des documents. Ils doivent communiquer des informations.
Et bien souvent, ils ne réalisent pas la nature incriminante de ces documents. Et bien souvent, à vrai dire, ils ne réalisent pas que ce qu’ils sont en train de faire, c’est tout simplement du trafic humain et du travail forcé.
2.Comment s’opèrent le recrutement et le transfert des Ouïghours ?
J’ai pu prouver, sur la base de différents documents, que trois provinces parmi les plus pauvres ont à elles seules effectué un transfert de travail forcé de plus de 500 000 personnes, soit plus d’un demi-million de personnes issues des minorités ethniques pour la cueillette du coton.
La main-d’œuvre, c’est tout un schéma organisé par l’État. La coercition, ou le travail forcé si vous utilisez un terme plus fort, se décline sous tous les aspects, à commencer par la façon dont les gens sont recrutés pour la récolte du coton ou pour d’autres formes de transfert de main-d’œuvre.
Dans le processus de recrutement, vous devez procéder au transfert. Ainsi, lorsqu’ils sont envoyés dans les champs de coton, ils sont transférés par unités de 30 à 50, accompagnés de fonctionnaires du gouvernement, voire dans certains cas de policiers. Et ils sont transportés, par exemple, en train.
Le processus de transfert est géré de façon très stricte et ensuite, il y a une gestion sur place. Plusieurs documents parlent aussi des fonctionnaires du gouvernement qui travaillent à la fois pour faire de l’endoctrinement idéologique et comme gardes de sécurité.
3. Comment sont-ils endoctrinés ?
Nous avons des preuves très précises que des équipes du gouvernement se rendent dans les villages pour frapper aux portes et mobiliser les gens pour qu’ils cueillent le coton. Puis ils les endoctrinent s’ils ne sont pas disposés à le faire et les traitent de paresseux, s’ils ne sont pas désireux de le faire.
Ensuite les travailleurs les plus faibles viennent témoigner et disent :
« Avant, j’étais paresseux et je refusais de récolter le coton. Mais maintenant, avec l’aide du gouvernement, j’ai vu la lumière, j’ai changé et je travaille dur. »
4.Comment l’information est-elle contrôlée ?
Ils peuvent être sûrs que ces personnes ne vont rien dire à leur encontre car ils exercent un contrôle total et qu’ils peuvent entendre tout ce qui est dit n’importe où grâce à des micros, des caméras, des données […]
5. Où se passe cette détention ?
Elle se passe dans le Xinjiang. Je ne savais pas que le Xinjiang – qui représente à peu près un sixième de la taille de la Chine – est bien plus grand que la France. Dans la région, il y a d’immenses plantations de coton. Le climat est idéal pour faire pousser du coton et ils font pousser du coton de qualité supérieure.
6. Avez-vous peur des menaces ?
Ce serait dangereux pour moi de voyager en Chine. Et si la Chine le pouvait, ils essaieraient de me faire quelque chose. Le gouvernement chinois a choisi de m’ignorer pendant longtemps, ce qui était une bonne stratégie pour eux, mais il est arrivé un moment où ils ne pouvaient plus ignorer les choses.
Alors que faites-vous quand vous ne pouvez pas contrer les preuves ? Vous essayez d’attaquer la personne. C’est très dangereux pour eux de m’attaquer sur de vrais documents gouvernementaux parce qu’alors les gens commenceront à regarder ces documents et peut-être à les lire eux-mêmes. Et c’est très dangereux pour le gouvernement chinois. Ils ne veulent pas que les gens fassent cela.
Moi-même, j’ai essayé de contacter les autorités locales pour évaluer ma sécurité et celle de ma famille, car nous faisons actuellement face à une superpuissance en expansion qui peut être sans pitié. Mais la Chine utilise généralement des méthodes de coercition. Ils essaient de vous menacer. Ils essaient d’attaquer ceux qui travaillent avec vous. Ils essaient de mettre la pression sur votre employeur.
7.Pourquoi cette détention est-elle l’une des plus révoltantes de l’histoire ?
Il a fallu des années à nos politiciens pour dire ne fût-ce que quelques mots, sur ce qui doit être la plus grande détention d’une minorité ethnique ou religieuse depuis la Seconde Guerre mondiale, depuis l’Holocauste.
Nous devons encore faire pression sur les politiciens, mais maintenant, en tant que consommateurs, en tant que simples organisations de base, nous avons plus de possibilités de faire pression sur Pékin par le biais de l’approvisionnement éthique des vêtements.
Le Français moyen peut maintenant contribuer à empêcher que Pékin ne s’en tire avec un business basé sur des pratiques oppressives. Vous pouvez réfléchir au T-shirt que vous allez acheter ou non pour Noël ou en 2021. Les consommateurs ont plus de pouvoir dorénavant pour faire quelque chose contre cette atrocité.
Publication précédente sur le même sujet mais au Tibet 13/11/2020 : TIBET : Le système de « formation professionnelle militarisée » du Xinjiang arrive au Tibet, par le Dr Adrien Zenz
Source : Fondation James Town]]>

