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15/02/26 | 8 h 57 min par Jianli Yang, opinion contributor 楊建利 Jianli (Doc) Yang

Ne laissez pas Jimmy Lai devenir un autre Liu Xiaobo.

Jimmy Lai a été condamné à 20 ans de prison. Selon les autorités de Hong Kong, il est accusé de « collusion avec des forces étrangères » et d’« activités hostiles ». Mais qui sont ces « forces étrangères hostiles » ? Dans le récit de Pékin, il s’agit principalement des États-Unis et, par extension, du monde démocratique.

Cette vérité dérangeante a une implication plus profonde : si Washington est présenté comme le complice présumé du « crime » de Lai, les États-Unis ne peuvent se contenter de rester de simples observateurs. Aux yeux de l’État chinois, l’Amérique fait partie intégrante de l’histoire. Cela signifie qu’elle porte également la responsabilité de son dénouement.

La leçon de l’histoire récente est édifiante. En 2017, durant le premier mandat présidentiel de Donald Trump, Liu Xiaobo, lauréat du prix Nobel de la paix, est décédé d’un cancer du foie en détention en Chine. Malgré les appels de gouvernements et de défenseurs des droits humains du monde entier, les autorités chinoises ont refusé de l’autoriser à se faire soigner à l’étranger. Le monde libre n’est pas parvenu à obtenir même cette concession humanitaire minimale.

La mort de Liu Xiaobo fut plus qu’une tragédie personnelle. Elle marqua une défaite morale pour le monde démocratique – un moment où le principe le plus fondamental de la dignité humaine fut subordonné à des calculs géopolitiques et à la prudence diplomatique.

Aujourd’hui, près de dix ans plus tard, les États-Unis sont confrontés à une nouvelle épreuve de ce genre.

Jimmy Lai a 78 ans. Il a passé des années en détention dans des conditions inhumaines. S’il meurt en prison, ce ne sera pas simplement une entrée de plus dans un rapport sur les droits humains ; ce sera un moment symbolique, le signe que même la première démocratie mondiale est incapable de protéger ceux qu’elle appelle ouvertement ses amis et alliés.

Mais cette fois-ci, les circonstances sont différentes. Les États-Unis disposent aujourd’hui d’un pouvoir de négociation plus important qu’en 2017.

Trump et Xi Jinping sont tous deux des dirigeants pragmatiques. Ils privilégient les accords d’envergure et spectaculaires à une diplomatie lente et progressive. Leur succès se mesure à l’aune de résultats concrets : balances commerciales, concessions stratégiques et victoires politiques tangibles.

La visite de Trump en Chine, prévue en avril, offre une opportunité.

L’environnement géopolitique évolue de manière à inciter davantage Pékin à trouver un terrain d’entente avec Washington. Les récentes élections japonaises ont renforcé les forces politiques favorables à une révision constitutionnelle, notamment à des modifications potentielles de l’article 9 – la « clause de paix » qui a défini la posture militaire du Japon d’après-guerre. Si le Japon s’oriente vers un modèle militaire plus conventionnel, les tensions entre Pékin et Tokyo risquent de s’intensifier.

La culture stratégique chinoise a longtemps mis l’accent sur le principe « se lier d’amitié avec le lointain, frapper le proche » (远交近攻). Si les tensions avec le Japon s’accentuent, Pékin pourrait chercher à stabiliser ses relations avec les États-Unis afin d’éviter de subir la pression de deux puissants rivaux simultanément.

Dans un tel contexte, un geste humanitaire – comme la libération de Jimmy Lai – pourrait constituer une concession peu coûteuse pour Pékin, surtout s’il s’inscrit dans un accord diplomatique ou économique plus large.

L’essentiel est d’aborder la question non comme une leçon de morale, mais comme une opportunité stratégique.

Washington devrait discrètement faire de la libération de Lai un objectif concret de toute discussion de haut niveau avec Pékin. Il ne s’agit pas d’un ultimatum ni d’une condition à la négociation, mais d’un résultat tangible – un atout que les deux parties peuvent présenter comme une victoire.

Pour Trump, les avantages sont évidents. Obtenir la libération de Lai serait un succès retentissant, qui ferait la une des journaux. Cela distinguerait sa seconde présidence de la première, marquée par la mort de Liu Xiaobo en détention. Ce serait également une réponse cinglante aux critiques qui reprochent à sa politique étrangère de négliger les droits de l’homme.

Plus important encore, cela démontrerait que les États-Unis ont toujours la capacité et la volonté de protéger ceux qui les soutiennent.

Pour Pékin, le coût est relativement faible. Jimmy Lai est déjà un homme âgé dont l’empire médiatique a été démantelé et l’influence politique neutralisée. Sa libération conditionnelle pour raisons médicales ou son autorisation de quitter Hong Kong ne modifieraient pas l’équilibre des pouvoirs sur le territoire. En revanche, cela pourrait lui valoir un important capital diplomatique, à un moment où la Chine pourrait souhaiter apaiser les tensions avec Washington.

Autrement dit, il s’agit d’un accord acceptable pour les deux parties.

Si Lai meurt en prison, les conséquences seront bien plus graves. Cela renforcerait l’idée, à Hong Kong, à Taïwan et ailleurs, que les promesses de soutien américaines n’ont guère de poids concret – preuve que même ceux accusés de « collusion » avec les États-Unis, comme Lai, sont finalement considérés comme négligeables par le pays même désigné comme leur prétendu partenaire. Cela accentuerait le cynisme au sein de la population.