Portrait.
Sushila Karki, une magistrate “sans affinité avec les élites politiques” à la tête du Népal
L’ancienne cheffe de la Cour suprême népalaise a accepté, vendredi 12 septembre, le poste de Première ministre par intérim du Népal, devenant ainsi la première femme à occuper de telles fonctions. La presse himalayenne dresse le portrait d’une pionnière, connue pour ses engagements anti-corruption.
“Madame la Première ministre du Népal.” Ce titre, choisi par Nepali Times, montre à quel point la nomination de Sushila Karki à la tête du gouvernement népalais est historique. La septuagénaire a prêté serment, le 12 septembre, en tant que Première ministre par intérim. Elle est ainsi devenue la première femme à occuper de telles fonctions, “une dizaine d’années après être devenue la première femme à la tête de la Cour suprême, en 2016”.
Son arrivée au pouvoir intervient “après une semaine de manifestations violentes et destructives”, contextualise le journal népalais. Des manifestations contre l’interdiction de 26 réseaux sociaux, la corruption et les inégalités avaient enflammé le pays, menant à la démission du Premier ministre Khadga Prasad Sharma Oli et à la destruction de plusieurs bâtiments publics. Au moins 51 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessés lors de ses troubles, les plus graves depuis l’abolition de la monarchie en 2008. C’est dans ce contexte de crise que la figure de Sushila Karki, “connue pour son incorruptibilité”, a émergé, lit-on sur le site de Spotlight.
Engagement anti-corruption
“Née à Biratnagar [au sud-est du Népal] et âgée de 73 ans, Karki a étudié à l’université hindoue de Bénarès, en Inde, puis à l’université Tribhuvan, au Népal, et elle a fait son entrée dans le monde du droit à une époque où il n’était pas courant que les femmes l’étudient ou qu’elles deviennent magistrates”, rapporte le média de Katmandou. Sa carrière en est d’autant plus impressionnante.
Une fois nommée à la Cour suprême, la Népalaise a fait la une des journaux à plusieurs reprises, en raison de son intransigeance dans des affaires de corruption. “Karki n’a aucune affinité avec les élites politiques”, précise Nepali Times.
Le titre rappelle qu’en avril 2017, “le gouvernement de coalition du Premier ministre maoïste Pushpa Kamal Dahal avait lancé [sans succès] une procédure de destitution à son encontre, après l’annulation par la Cour Suprême d’une nomination à la tête des services de police qui violait le principe de séniorité prévu par la loi”.
D’après Spotlight, la septuagénaire a par ailleurs été accusée par des hommes politiques “de favoriser les femmes dans ses jugements, à coups de discrimination positive” et “d’avoir prétendument nommé certaines personnes à des postes judiciaires en se basant sur ses opinions politiques”.
Le “soulagement” des Népalais
Mais “les Népalais, encore sous le choc face aux décès et aux destructions de la semaine, ont accueilli sa nomination avec soulagement, estimant qu’elle représentait une victoire revigorante en faveur des réformes demandées par la génération Z”, assure Nepali Times. Il y aurait même eu un “consensus” sur le nom de Sushila Karki, lors des négociations menées entre le général Ashok Raj Sigdel, chef de l’armée, les représentants des manifestants et le président Ramchandra Paudel.
“C’est la première fois depuis la promulgation [en 2015] de la nouvelle Constitution népalaise qu’un Premier ministre est nommé via son article 61, qui donne le droit au président d’agir en tant que chef d’État” et de désigner un nouveau chef de gouvernement, précise The Himalayan Times. La nouvelle cheffe du gouvernement est désormais chargée, après les émeutes meurtrières de la semaine passée, d’assurer la transition jusqu’à des élections fixées en mars 2026.
Ce faisant, Sushila Karki, qui a réservé sa première sortie ce samedi 13 septembre aux blessés des émeutes meurtrières du début de semaine, aura beaucoup à faire. Interrogée par la chaîne indienne CNN-News 18, elle a énoncé ses priorités : rendre hommage aux “jeunes hommes et femmes tués pendant les manifestations”, accompagner leurs familles et “éradiquer la corruption dans le pays”, des demandes portées par la génération Z. “Il y a d’autres sujets, beaucoup d’autres sujets [à traiter], a-t-elle ajouté. Mais ceux-ci ne peuvent être réglés qu’à ces conditions.”

