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05/10/16 | 17 h 31 min

N'évinçons pas le Dalaï Lama !

Le Dalaï Lama n’a pas été invité aux rencontres interconfessionnelles d’Assise. Photo : Kristy Sparrow/Getty.

La pression diplomatique chinoise éloigne de plus en plus le Dalaï Lama de la scène internationale. Inacceptable. « Les chefs spirituels prient pour la paix ».  Ce n’est pas le genre de titre qui fait vibrer. Ça ne fait la une que lorsqu’ils prient pour la guerre. Et  c’est même,   malheureusement,  devenu tellement courant qu’on n’y accorde plus  beaucoup d’attention. Mais il  s’est produit, la semaine passée, un évènement notable et de mauvais augure, quasiment ignoré des médias. Le Dalaï Lama n’a pas participé aux prières pour la paix à la grande rencontre interconfessionnelle d’Assise, où les chefs spirituels se réunissent,  à l’invitation du pape,  pour prier et témoigner en faveur de la paix. Y assistaient des représentants de pratiquement toutes les autres confessions dont les fidèles sont engagés dans la voie de la violence : Juifs, Musulmans, Bouddhistes japonais, Chrétiens orthodoxes – et même l’archevêque de Canterbury; Mais le Dalaï Lama, lui, n’avait pas été invité. Il a dû se contenter d’une réunion en comité restreint dans une obscure ville polonaise au cours de laquelle les participants se sont engagés à œuvrer pour la paix. Le Dalaï Lama avait pris part à la première des grandes rencontres d’Assise, en 1986, ce qui avait créé la controverse à l’époque parmi les religieux conservateurs. C’était en effet la preuve que, sous Jean –Paul II, l’église catholique  était tout à fait sérieuse dans sa volonté de reconnaître la bonne foi des autres religions. Mais cette fois-ci, il n’a pas été invité, et il semble évident que ce soit bien là le résultat de la pression chinoise. Le pape François a refusé, en 2014, de voir le Dalaï Lama, mais ce dernier est persona non grata au Vatican depuis de nombreuses années.  Inciter les autres gouvernements à snober le Dalaï Lama a constitué l’une des occupations des diplomates chinois au cours des neuf dernières années, depuis que George W. Bush lui a décerné la Médaille d’Honneur du Congrès. Cette reconnaissance publique du chef spirituel tibétain semble avoir piqué au vif le gouvernement chinois et déclenché chez eux une rage sans fin. Le discours public avait toujours été empreint de colère, mais s’y ajoute désormais des pressions d’ordre privé. Les gouvernements, les uns après les autres, ont, mine de rien, annulé des réunions avec lui. Il n’est dans l’intérêt d’aucun des responsables de ces sordides petites transactions de les rendre publiques : le pays hôte aurait l’air faible et sans scrupules,  les Chinois rancuniers et menaçants, et les Tibétains impuissants. Dans tous les cas, l’apparence reflète la réalité. Ainsi donc, officiellement, il n’y  a pratiquement aucune invitation qui ne soit faite. Le voile ne se lève qu’occasionnellement.  En 2011, le gouvernement sud-africain l’a exclu des cérémonies organisées pour les 80 ans de l’Archevêque Desmond Tutu, tandis que le gouvernement britannique a dû ramper de manière spectaculaire après que David Cameron l’eut reçu à deux reprises  en 2012. Cette attitude est en totale opposition avec celle de la majorité du public occidental qui considère le Dalaï Lama comme l’un des chefs spirituels les plus importants et les plus bienveillants au monde de nos jours, un homme qui symbolise une véritable spiritualité de paix et de compréhension mutuelle. Ces étalages de realpolitik sont d’un extrême mauvais goût. Le gouvernement chinois est engagé dans un bras de fer qui n’en finit pas avec le Vatican pour savoir qui devrait avoir le droit de nommer les évêques : une vieille histoire remontant à l’époque du Moyen-âge en Europe et qui se joue désormais avec une puissance asiatique. Il existe des églises officielles et d’autres clandestines. Le Vatican a, de toute évidence, fait le calcul que le prix d’une église unifiée prospère sur un marché chinois potentiellement en pleine expansion (où la plupart des chrétiens sont désormais d’obédience protestante) vaut bien quelques camouflets à l’encontre d’un homme qui est, au bout du compte, le représentant d’une religion rivale. Mais, indéniablement, cette ligne politique rabaisse l’autorité morale des deux parties. Traduction France Tibet]]>