Un réfugié tibétain: «Je n’en crois pas mes oreilles»
La Chine répondait aux questions du Comité contre la torture. Le Tibétain Golog Jigme réagit
La délégation chinoise n’a répondu que très partiellement aux questions soulevées par les membres du Comité de l’ONU contre la torture mercredi au Palais des Nations. Mais l’exercice s’est révélé utile, ont souligné des représentants de la société civile. Il est rare en effet que des représentants de Pékin rendent des comptes, qui plus est sur des sujets aussi sensibles que la sécurité. Or c’est bien ce à quoi ont dû se résoudre une vingtaine de représentants de l’administration judiciaire. A commencer par la définition même du mot torture – «kuxing» en chinois – loin de recouvrer dans les textes de lois produits par Pékin le champ qu’il occupe dans les conventions internationales. «C’est un problème de langue et de culture», s’est défendu un responsable du Ministère chinois de la justice.
«Nous sommes un pays en voie de développement»
L’ambassadeur de Chine auprès de l’ONU, Wu Hailong, s’est excusé de ne pouvoir produire toutes les réponses nécessaires, notamment concernant les cas individuels, par manque de moyens, de statistiques et de temps. «Nous ferons tout en notre possible pour vous répondre, mais la réalité est que nous sommes un pays en voie de développement», s’est-il justifié en promettant de faire mieux lors du prochain rapport (dans plusieurs années) alors que la règle du Comité exige une réponse orale dans les vingt-quatre heures ou écrite dans les quarante-huit heures. Les représentants chinois n’ont accepté de répondre que sur un seul cas individuel: le moine tibétain Tenzin Delek Rinpoche, condamné à mort en 2002 pour avoir fomenté des attentats et décédé en prison en juillet dernier. Pour les opposants tibétains, il a été injustement emprisonné, torturé et son décès est suspect. «Une expertise médicale a été opérée, son corps a été rendu à sa famille et ses cendres éparpillées dans un fleuve proche de son lui d’origine», ont répondu hier les officiels chinois.«Les réponses de la délégation chinoise me laissent sans voix»
Parmi les auditeurs de cette session, il y avait Golog Jigme, un moine tibétain qui a témoigné des mauvais traitements subis durant des semaines dans ce qu’on appelle la chaise du tigre – un instrument de torture – et qui vient d’obtenir l’asile politique en Suisse. «Les réponses de la délégation chinoise, me laissent sans voix, explique-t-il. Quand j’étais au Tibet, on était habitué à la propagande. Je connais leurs mensonges. Mais voir le gouvernement mentir sur la scène internationale avec une telle arrogance dans un meeting de l’ONU, je suis complètement bouleversé et choqué. Par moments j’avais envie d’éclater de rire, je n’en croyais pas mes oreilles. Affirmer qu’il n’y a pas des prisonniers politiques au Tibet, c’est une insulte pour un ancien prisonnier politique comme moi qui me retrouve en face d’eux dans cette salle.» Les représentants de la presse chinoise – nombreux à Genève – ont boudé la réunion, un sujet trop «sensible» comme l’explique l’un d’entre-eux. L’agence Chine nouvelle a toutefois fait mention du travail du Comité en relayant uniquement le discours de l’ambassadeur Wu Hailong. Lire aussi :Golog Jigme Gyatso, moine tibétain, se voit accorder l’asile politique en Suisse
https://tibet.fr/actualites/golog-jigme-gyatso-moine-tibetain-recoit-lasile-politique-en-suisse/Rappelons l’histoire de Golog
Golog Jigme (Jigme Gyatso, Jinmei Jiacuo) [1] est né en 1969.
Il appartient au monastère de Labrang Tashikyil [2] dans la province du Gansu, où il est entré à l’âge de 14 ans. Décrit comme un moine de grande intégrité, un travailleur social sincère, Golog Jigme est un militant des Droits de l’Homme. Pendant des années, il a eu à cœur de transmettre aux jeunes générations la langue et la culture tibétaines.
Sa première arrestation a eu lieu en 2006, au retour d’un séjour en Inde pour rencontrer le Dalaï Lama. A son retour, il a été immédiatement détenu, puis libéré après 40 jours, par manque de preuves.
Avec son ami Dhondup Wangchen, il a participé au tournage du documentaire « Leaving fear behind » [3] dans lequel des Tibétains s’exprimaient sur leurs conditions de vie et leurs espoirs à la veille des Jeux Olympiques de 2008 à Pékin.
Depuis, Dhondup Wangchen a été condamné à 6 ans de prison. [4]
Après avoir participé à ce documentaire, Golog Jigme a été arrêté par les autorités chinoises au moins à 3 reprises.
En mars 2008, il a été sévèrement torturé pendant des jours, accusé d’avoir des contacts avec le Dalaï Lama, puis libéré de prison le 15 octobre 2008
Il a été de nouveau emprisonné le 13 mars 2009, libéré le 22 avril 2009. Il aurait ensuite rejoint son monastère de Labrang Tashikyil, le 2 mai 2009.
Il y est demeuré sous liberté surveillée.
Lorsqu’un fort tremblement de terre a touché le Comté de Yushu le 14 avril 2010 [5], Golog Jigme est allé dans la région pour aider au travail de sauvetage.
Le 5 septembre 2012, son logement a été complètement rasé [6]. Les policiers avaient cherché de quoi accuser Golog Jigme, mais rien ne semble avoir été trouvé.
Le 13 septembre 2012, Dhondup Wangchen, son ami, a gagné le « Prix International Press Freedom Awards » attribué par le « Committee to Protect Journalists » basé à New York. [7]
Golog Jigme a disparu depuis le 20 septembre 2012.
Le 28 novembre 2012, le Bureau de la Sécurité Publique de la province du Gansu a émis un mandat contre lui pour meurtre, promettant une récompense de 200 000 yuans (24 550 € environ) aux informateurs. [8]
Le texte officiel affirme que Jigme Gyatso (Golog Jigme) est « soupçonné d’avoir commis un homicide volontaire« .
Selon Ajam Amchok, Tibétain vivant dans le sud de l’Inde, citant des sources de la région : « Il ne peut y avoir de base pour cette accusation d’homicide. Jigme Gyatso est un moine tibétain qui a toujours fermement cru en la non-violence« .
« De telles allégations de meurtre ont créé de fortes suspicions parmi les Tibétains. Entre autres, que Golog Jigme puisse être décédé en prison après avoir souffert de terribles tortures de la part des gardes« . « Les gens croient que les autorités chinoises tentent de jeter le discrédit contre le moine cinéaste tibétain en lançant des accusations montées de toute pièce« . cf tibet-info.net

