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28/04/23 | 22 h 16 min par Aden Lao

ONU / CHINE : Les programmes de « formation professionnelle » au Tibet comportent un risque de travail forcé (experts)

Deux personnes âgées tibétaines se rendent à pied à un événement religieux à Lhassa.
Deux personnes âgées tibétaines se rendent à pied à un événement religieux à Lhassa.

Chine : les programmes de « formation professionnelle » au Tibet comportent un risque de travail forcé (experts)

© Unsplash/Aden Lao
Deux personnes âgées tibétaines se rendent à pied à un événement religieux à Lhassa.

 

Droits de l’homme

Des experts indépendantsde l’ONU ont exprimé jeudi leur inquiétude face aux allégations selon lesquelles des programmes dits de « transfert de main-d’œuvre » et de « formation professionnelle » dans la région autonome du Tibet en Chine sont utilisés comme prétexte pour saper l’identité religieuse, linguistique et culturelle tibétaine, mais aussi pour « surveiller et endoctriner politiquement les Tibétains ».

« Des centaines de milliers de Tibétains auraient été « transférés » de leur vie rurale traditionnelle à des emplois peu qualifiés et mal rémunérés depuis 2015, dans le cadre d’un programme décrit comme volontaire, mais dans la pratique, leur participation aurait été contrainte », ont déclaré ces experts onusiens, avertissant que de tes programmes pourraient conduire à « des situations de travail forcé ».

Les défenseurs des droits humains craignent que les programmes de « formation professionnelle » soient conçus pour promouvoir une nation non plurielle, « monoraciale » et « monoethnique », en violation de l’interdiction de la discrimination raciale prévue par le droit international des droits de l’homme.

« Le gouvernement chinois a l’obligation de démanteler ces idées et pratiques discriminatoires », ont-ils fait valoir.

Des Tibétains empêchés d’utiliser la langue de la minorité tibétaine

Selon les experts indépendants onusiens, le programme de transfert de main-d’œuvre est facilité par un réseau de « centres de formation professionnelle », qui se concentrent moins sur le développement des compétences professionnelles que sur l’endoctrinement culturel et politique dans un environnement militarisé.

« Les Tibétains sont transférés directement des centres de formation à leur nouveau lieu de travail, sans que l’on sache s’ils consentent à ce nouvel emploi. Il n’existe aucun contrôle permettant de déterminer si les conditions de travail constituent du travail forcé », ont affirmé les Rapporteurs et experts onusiens.

Les experts ont constaté que les Tibétains participant au programme seraient empêchés d’utiliser la langue de la minorité tibétaine et découragés d’exprimer leur identité religieuse, deux éléments considérés par les autorités comme des obstacles à la réduction de la pauvreté.

Contrairement à l’objectif prétendument axé sur l’amélioration des conditions de vie, le programme risque d’appauvrir davantage les Tibétains et de les soumettre au travail forcé.

« Les Tibétains sont détournés des moyens de subsistance durables dans lesquels ils ont traditionnellement un avantage comparatif, tels que la production de laine et de produits laitiers, pour occuper des emplois mal rémunérés et peu qualifiés dans l’industrie manufacturière et la construction », ont-ils dit.

Garantir le respect de l’identité religieuse, linguistique et culturelle

Les experts ont appelé les autorités à clarifier les mesures mises en place pour permettre aux Tibétains de ne pas participer aux programmes de formation professionnelle et de transfert de main-d’œuvre, à contrôler les conditions de travail des Tibétains sur leur nouveau lieu de travail et à garantir le respect de l’identité religieuse, linguistique et culturelle tibétaine.

Ils ont demandé instamment au gouvernement chinois d’expliquer les mesures qu’il entend prendre pour se conformer à ses obligations internationales en matière de prévention du travail forcé et de la traite des êtres humains, et pour garantir l’accès aux recours et à l’indemnisation des victimes de ces pratiques.

Les experts ont reçu une première réponse du gouvernement chinois et indiquent rester en contact avec Pékin sur ces questions.

*Outre Tomoya Obokata, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage, ce communiqué a été endossé par la Rapporteure spéciale sur la traite des êtres humains, Siobhán Mullally ; la Rapporteure spéciale sur les formes contemporaines de racisme, Ashwini K.P. ; la Rapporteure spéciale sur les droits culturels, Alexandra Xanthaki ; le Rapporteur spécial sur les questions relatives aux minorités, Fernand de Varennes ; et Saad Alfarargi, Rapporteur spécial sur le droit au développement.

NOTE

Les Rapporteurs spéciaux font partie de ce que l’on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, le plus grand corps d’experts indépendants du système des droits de l’homme des Nations Unies, est le nom général donné aux mécanismes indépendants d’établissement des faits et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations spécifiques à des pays, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ne reçoivent  pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et siègent à titre individuel.

Les accusations d’experts de l’ONU « infondées », dénonce Pékin

Les accusations d'experts de l'ONU

Drapeau tibétain. Photo d’archives AFP

La Chine a qualifié vendredi d' »infondées » les conclusions d’experts de l’ONU accusant Pékin d’avoir obligé des centaines de milliers de Tibétains à suivre des programmes de « formation professionnelle » qui pourraient conduire à du travail forcé.

« Des centaines de milliers de Tibétains auraient été +transférés+ de leur vie rurale traditionnelle vers des emplois peu qualifiés et mal rémunérés depuis 2015, dans le cadre d’un programme décrit comme étant volontaire. Mais, dans la pratique, leur participation aurait été contrainte », ont dénoncé les six rapporteurs jeudi dans un communiqué.

Le Tibet, a répliqué Pékin vendredi, « jouit d’une stabilité sociale, du développement économique, de l’unité ethnique, d’une harmonie religieuse et la population (y) vit et travaille en paix ».

« Les prétendues craintes du mécanisme spécial des experts sont totalement infondées », a poursuivi la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Mao Ning.

« Nous enjoignons ces experts de respecter les faits élémentaires » et de ne pas se rendre « complices de certaines forces anti-chinoises », a-t-elle poursuivi.

Ces experts, parmi lesquels figurent les rapporteurs sur les formes contemporaines d’esclavage, Tomoya Obokata, sur les questions relatives aux minorités, Fernand de Varennes, et sur le droit au développement, Saad Alfarargi, sont mandatés par le Conseil des droits de l’Homme mais ne s’expriment pas au nom de l’ONU.

Ils affirment que ces programmes de « transfert de main-d’oeuvre » et de « formation professionnelle » au Tibet « menacent l’identité tibétaine » et « peuvent conduire à une situation de travail forcé ».

Le Tibet est administré d’une main de fer par la Chine depuis les années 1950. Nombre de Tibétains en exil l’accusent de mesures répressives et de tortures et assurent qu’elle cherche à effacer leur culture.

Selon les six rapporteurs, les centres de formation professionnelle pratiquent avant tout l' »endoctrinement culturel et politique dans un environnement militarisé ». Les Tibétains y participant seraient ainsi empêchés d’utiliser la langue tibétaine et dissuadés d’afficher leur identité religieuse.