Des secrets industriels de la France livrés à la Chine et à la Russie ? Ce que l’on sait
Une entreprise française réputée pour ses semi-conducteurs sous influence chinoise, technologie à usage militaire, quatre mises en examen dont deux Français et deux Chinois… Voici ce que l’on sait des soupçons de livraison de secrets industriels à Pékin et Moscou.
Quatre personnes ont été mises en examen en mars à Paris. Elles sont soupçonnées d’avoir livré des secrets industriels à la Chine et la Russie, des secrets qui auraient pu profiter à leurs armées, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Cet espionnage aurait été pratiqué par le biais d’une entreprise française, Ommic, réputée pour ses semi-conducteurs et sous influence chinoise depuis 2018. Voici ce que l’on sait de cette affaire, révélée par Le Parisien et dont les éléments ont été confirmés par l’AFP.
Ommic passe sous « pavillon » chinois en 2018
Ommic, implantée dans la commune de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne), est l’un fleuron européen des semi-conducteurs et conçoit ces fameuses puces électroniques, indispensables au bon fonctionnement de nos appareils si technologiques. Ainsi, elles peuvent être utilisées à travers les télécoms ou les satellites, comme l’explique Le Parisien.
En 2018, l’entreprise française voit 94 % de ses parts être rachetées en 2018 par un homme d’affaires chinois de 63 ans, lié à l’industrie de la défense chinoise, toujours selon le quotidien francilien. Selon la même source, il place son neveu et une femme chinoise à des postes clés de l’entreprise.
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Des puces utilisées dans le domaine de la Défense
La technologie est si avancée qu’elle intéresse aussi l’armée. D’après un document de l’Agence d’innovation de la défense du ministère français des Armées de 2021, consulté par l’AFP, développer une telle technologie est un « enjeu stratégique pour la défense ». Aussi, Le Parisien révèle que les puces peuvent « alimenter des chars, radars, avions de chasse voir même des systèmes de guidage de missiles ». Toujours selon le quotidien, « tout le matériel militaire français repose sur cette technologie depuis 5 ans ».
Le responsable chinois ciblerait alors la maîtrise par Ommic du nitrure de gallium, un matériau qui permet une puissance démultipliée des semi-conducteurs. Une technologie non maîtrisée par Pékin.
Bien que sous influence étrangère, l’entreprise reste dirigée par un Français, directeur général d’Ommic. Ce dernier aurait alors « mis en place de nombreux stratagèmes de contournement pour livrer sciemment des puces puissantes et informations sur des technologies sensibles à la Chine et la Russie », sous la direction de l’homme d’affaires sexagénaire.
Dans le contexte de la guerre en Ukraine, ces puces ultra-performantes ont pu être livrées aux armées chinoises et russes. Parmi les exportations orchestrées par le directeur français, on retrouve comme destinataire l’armée populaire de libération de Pékin (APL) révèle Le Parisien.
Une enquête du parquet national anti terroriste
C’est ainsi que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) commence à s’intéresser aux exportations de l’entreprise dès le 18 janvier 2021, après un contrôle de douane et la découverte d’un chargement de 844 puces électroniques destination de la Chine, relate Le Parisien. Une enquête préliminaire est alors ouverte par le Parquet national antiterroriste (Pnat) en novembre 2022, confiée à la DGSI et à l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Selon les enquêteurs, cités par Le Parisien, 11,8 millions d’euros d’exportations ont depuis été saisis.
La justice a par ailleurs ordonné la reprise en main par l’état des parts majoritaires d’Ommic, pour clôturer l’influence chinoise. L’entreprise a depuis été revendue à un industriel américain et est devenue Macom, toujours selon Le Parisien.
« Atteinte aux intérêts fondamentaux de la France »
Deux Français et deux Chinois ont été mis en examen le 24 mars. Parmi lesquels on retrouve le directeur français et la femme chinoise placée aux avant-postes de l’entreprise. L’identité des deux autres personnes n’est pas encore connue.
Selon Le Parisien, le directeur général d’Ommic a reconnu les faits tout en les minimisant, affirmant que l’entreprise russe bénéficiaire lui aurait assuré un usage non militaire. « On a transmis des informations qu’on n’aurait pas dû transmettre » aurait-il avoué aux enquêteurs.
Quant à la femme chinoise, celle-ci rejette toute la responsabilité sur l’homme d’affaires chinois, selon le journal francilien et réserve ses explications à la justice. Inculpés pour livraison à une puissance étrangère de procédés, documents ou fichiers de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la France, ils encourent quinze ans de détention et de 225 000 € d’amende.
Le sexagénaire n’est pas mis en examen mais serait recherché par la justice française et se trouverait actuellement en Chine, où il est domicilié.


