
Argenton-sur-Creuse, 02/11/2025
Monsieur Emmanuel Macron
Palais de l’Élysée
55, Rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
Lettre ouverte au Président de la République française
Par l’Association France-Tibet
Monsieur le Président de la République,
Votre prochaine visite en Chine intervient au moment le plus défavorable pour la cause tibétaine et pour l’image de la France comme pays porteur de principes. Depuis plusieurs années, la question des droits humains en Chine est repoussée en marge du débat public, et nous savons que son propre peuple en souffre, tandis que les voix tibétaines en France sont progressivement reléguées, au sein même des institutions culturelles et universitaires qui devraient pourtant les protéger. Dans ce contexte déjà préoccupant, votre déplacement en Chine apparaît comme un signal supplémentaire de silence, de prudence excessive et de renoncement moral.
Le moment choisi n’est pas neutre. Pékin le sait, l’analyse, et l’exploite. Votre visite renforce un climat dans lequel la marginalisation du Tibet, la prudence des institutions françaises et les courbettes diplomatiques deviennent la norme. Cette tendance est d’autant plus troublante que vos propres déclarations passées ont suscité un profond malaise. Le 26 avril 2018, cité par le journal Le Monde et par l’agence Reuters, vous affirmiez qu’une rencontre avec le Dalaï-Lama ne servirait à rien sans un mandat de la République populaire de Chine. Cette phrase, qui semblait placer une puissance étrangère au-dessus du choix souverain du chef d’État français, a laissé une trace durable. Nous sommes en droit de vous demander ce qu’il advient du mandat premier, celui du peuple français.
Dans votre communication actuelle, le mot « Tibet » n’apparaît jamais. Il n’apparaît dans aucun des documents relatifs à votre déplacement. Les sujets abordés concernent l’économie, la coopération stratégique, l’Ukraine, la culture à travers la diplomatie des pandas, mais jamais les peuples opprimés par la Chine, et encore moins le Tibet, dont la situation se dégrade à un rythme alarmant. Cette omission n’est pas un détail, ni un oubli. Elle s’inscrit dans une doctrine française qui, depuis quelque temps, semble devenue celle du « pas-de-vague », doctrine que Pékin comprend immédiatement comme un signe de faiblesse, et sur laquelle elle s’autorise à exiger davantage de ceux qu’elle considère comme faibles.
À cela s’ajoutent des faits récents, très graves, qui confirment une dérive inquiétante de la politique française à l’égard de la Chine. L’effacement du mot « Tibet » dans une institution nationale, la présence de structures clandestines chinoises opérant en France, l’implantation sur notre sol d’un centre officiel de propagande du Parti communiste chinois, constituent un ensemble de décisions et de tolérances qui affaiblissent la France et contredisent sa tradition d’indépendance. L’effacement du mot « Tibet » au Musée Guimet, première institution nationale dédiée aux civilisations d’Asie, n’est pas un incident muséal. C’est un acte d’alignement idéologique sur les exigences de Pékin. Que des postes de police clandestins de la Chine aient pu fonctionner en France, hors de tout contrôle légal, constitue une atteinte directe à la souveraineté nationale ainsi qu’à la sécurité des dissidents, des exilés et des peuples visés par ces dispositifs. De tels postes n’auraient jamais dû exister un seul jour en France. Quant à l’installation d’une antenne de propagande officielle du Parti communiste chinois, refusée par le Royaume-Uni, elle interroge profondément sur le degré d’exposition volontaire de notre pays à l’influence d’un régime autoritaire.
Ces décisions cumulées affaiblissent objectivement la position française. La politique du « pas-de-vague » n’a pas protégé la France, elle l’a rendue plus vulnérable, et elle a encouragé les ingérences qu’elle aurait dû empêcher.
Ce silence devient d’autant plus préoccupant que la politique chinoise au Tibet ne se limite pas à l’oppression culturelle ou religieuse. Elle s’accompagne d’exactions écologiques majeures. Pékin exploite massivement les ressources du sous-sol tibétain : charbon, cuivre, or, et surtout lithium, devenu stratégique avec l’essor des batteries pour les panneaux solaires et les véhicules électriques. L’extraction de ce lithium pollue les rivières, tue les poissons et les troupeaux, détruit les terres agricoles et entraîne des conséquences sanitaires graves pour les populations tibétaines. Lorsque ces batteries arriveront en fin de cycle, leur gestion représentera une menace écologique supplémentaire. Parallèlement, la Chine construit des méga-barrages sur les grands fleuves tibétains. Ces infrastructures modifient profondément les écosystèmes, menacent la biodiversité et mettent en danger des centaines de millions de personnes en aval, dans toute l’Asie. Le contrôle de l’eau est devenu une arme géopolitique destinée à renforcer l’influence de Pékin sur les pays dépendants de ces fleuves. Ces choix énergétiques et industriels ne sont pas de simples décisions intérieures : ils ont des répercussions directes sur le climat mondial, sur la sécurité alimentaire et sur la stabilité écologique du continent asiatique.
L’absence de critique publique est interprétée par Pékin comme un feu vert, y compris pour ses ambitions militaires explicites, notamment à l’égard de Taïwan. Ce silence, lourde erreur de jugement, alimente l’idée que le sort du Tibet n’est plus considéré comme un enjeu digne d’être porté. Le Tibet et le peuple tibétain ont le droit d’exister, même en France. Et comment comprendre qu’en France, pays des droits de l’homme, on impose encore à des réfugiés et à des apatrides d’origine tibétaine la nationalité chinoise ? Où est passée la dignité humaine de la France ?
La diplomatie du Parti communiste chinois déploie depuis longtemps une stratégie de diversion parfaitement huilée, où les pandas jouent un rôle central. Votre visite à Chengdu, dans un centre soigneusement sélectionné, s’inscrit dans ce dispositif. Le panda adoucit, détourne, enveloppe. Il habille des relations bilatérales qui reposent pourtant sur un rapport de force déséquilibré et sur le silence entourant les violations commises au Tibet, au Turkestan oriental ou à Hong Kong, sous la présence permanente de l’armée d’occupation chinoise. Cette mise en scène n’a rien d’innocent. Elle sert à effacer les réalités humaines derrière une image apaisante. Nous regrettons profondément que le Président de la République française accepte de se prêter à cette scénographie sans y opposer publiquement un mot en faveur des peuples menacés.
Au niveau européen, cette attitude comporte un risque majeur. La Chine cherche à diviser les États membres et à obtenir un partenaire pivot capable de relayer une approche conciliante. En multipliant les gestes d’ouverture dépourvus de contreparties, la France se positionne comme cet interlocuteur-vassal particulier, prêt à jouer un rôle d’intermédiaire entre Washington et au profit de Pékin, au prix d’une relativisation des droits humains. Si Paris se tait, Bruxelles hésitera puis reculera, et si l’Europe recule, le Tibet et le Turkestan oriental disparaîtront des radars internationaux. Dans cette dynamique, chaque silence français renforce la stratégie chinoise d’isoler des pays occupés et d’empêcher toute prise de position collective.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.
Marcelle ROUX
Présidente de l’Association France-Tibet
Ugen-Tenzing NOUBPA
Vice-Président
En note : Nous joignons également une version anglaise de cette lettre, si vous souhaitez en faire part à votre homologue, Monsieur Xi Jinping, afin d’éviter tout malentendu sur nos propos.

Argenton-sur-Creuse, November 2nd, 2025
President Emmanuel Macron
Palais de l’Élysée
55, Rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
France
Open Letter to the President of the French Republic
from the Association France-Tibet
Mr. President,
Your forthcoming visit to China comes at the most unfavourable moment for the Tibetan cause and for the image of France as a nation of principles. For several years now, the issue of human rights in China has been pushed to the margins of public debate, and we know that the Chinese people themselves suffer from this repression, while Tibetan voices in France have been gradually relegated or silenced, including within cultural and academic institutions that should have protected them. In this already worrying context, your visit to China appears as yet another signal of silence, excessive caution, and moral retreat.
The timing is not neutral. Beijing knows this well, analyses it, and exploits it. Your visit reinforces an atmosphere in which the marginalisation of Tibet, the timidity of French institutions, and diplomatic deference increasingly become the norm. This trend is all the more troubling as your own past statements caused deep unease. On April 26th, 2018, as reported by Le Monde and Reuters, you declared that meeting the Dalai Lama would be pointless without a “mandate” from the People’s Republic of China. A sentence that seemed to place a foreign authoritarian power above the sovereign judgment of the French Head of State left a lasting impression. We are therefore entitled to ask: what has become of the primary mandate—the mandate of the French people?
In your current communication, the word “Tibet” never appears. It is absent from all documents relating to your visit. The topics mentioned include the economy, strategic cooperation, Ukraine, and culture through panda diplomacy—yet never the peoples oppressed by China, and even less Tibet, where the situation deteriorates at an alarming rate. This omission is neither a detail nor an oversight. It reflects the French doctrine that in recent years has become one of “no waves”, a doctrine Beijing interprets immediately as a sign of weakness, encouraging it to demand even more from those it perceives as weak.
To this must be added deeply troubling facts that confirm a worrying shift in French policy towards China. The erasure of the word “Tibet” at the Musée Guimet, France’s national institution dedicated to Asian civilisations, is not a curatorial accident: it is an act of ideological alignment with the demands of the Chinese Communist Party. It is incomprehensible that such a decision could have been tolerated in a country that claims to defend cultural freedom and the protection of heritage.
At the same time, clandestine Chinese police stations have been identified on French soil. The fact that such structures could operate in France, outside any legal framework and in service of a foreign power, constitutes a direct violation of national sovereignty and a serious threat to dissidents, exiles, and the peoples targeted by these devices. Such stations should never have existed a single day in France.
Your presidency has also seen the installation on French territory of an official Chinese Communist Party propaganda outlet—an installation that the United Kingdom explicitly refused to authorise. The fact that France accepted what London judged contrary to its principles raises a serious question: why is our country more permeable than other European democracies to the influence of an authoritarian regime?
These accumulated decisions—erasing the word Tibet in a national institution, allowing clandestine Chinese structures to operate in France, and hosting a centre of foreign propaganda—reveal the deeply damaging effects of the “no waves” approach. Silence has not reduced tensions; it has weakened France and opened the door to intrusions that should have been prevented.
This silence is all the more troubling as China’s policy in occupied Tibet goes far beyond cultural or religious repression. It involves major ecological devastation. Beijing is massively exploiting Tibet’s subsoil resources—coal, copper, gold, and especially lithium, now essential to batteries for solar panels and electric vehicles. Lithium extraction pollutes rivers, kills fish and livestock, destroys agricultural land, and causes serious health consequences for Tibetan communities. And when these batteries reach the end of their cycle, their waste management will create yet another ecological threat.
Simultaneously, China is building mega-dams on Tibet’s great rivers. These infrastructures radically disrupt ecosystems, threaten biodiversity, and endanger hundreds of millions of people downstream across Asia. Water has become a geopolitical weapon, enabling Beijing to expand its influence over nations dependent on these rivers. These industrial and energy choices are not internal matters: they have direct consequences for global climate, food security, and ecological stability across the entire continent.
Furthermore, Mr President, you are certainly aware—as the French public should be—that China is the world’s largest polluter in terms of greenhouse gas emissions, responsible for the greatest share of global CO₂ output. Your polite and deliberate silence only encourages Beijing to continue on this path. Thank you for our planet.
The absence of public criticism is interpreted by Beijing as a green light—even regarding its explicit military ambitions, including towards Taiwan. Such silence is a grave misjudgment and strengthens the perception that Tibet’s fate is no longer considered a cause worthy of being defended. Tibet and the Tibetan people have the right to exist, including in France. And how can one understand that in France, homeland of human rights, Tibetan refugees and stateless persons are required to accept Chinese nationality? What remains of France’s human dignity?
For decades, the Chinese Communist Party has deployed a well-crafted strategy of diversion in which pandas play a central role. Your visit to Chengdu, in a carefully selected conservation centre, is part of this script. Panda imagery softens, distracts, and conceals. It dresses bilateral relations in a pleasant façade that masks an underlying imbalance of power and the silence surrounding grave violations committed in Tibet, East Turkestan, or Hong Kong, under the permanent presence of the Chinese occupation army. This choreography is anything but innocent: it is designed precisely to erase human suffering behind an agreeable image. We deeply regret that the President of the French Republic has chosen to participate in this staging without uttering a single public word for the peoples facing erasure.
At the European level, this posture carries a major risk. China seeks to fragment EU member states and secure a pivot partner capable of relaying a more conciliatory approach. By multiplying gestures of openness without demanding any counterbalance, France increasingly positions itself as such a vassal-interlocutor, ready to play the role of intermediary between Washington and—effectively—for the benefit of Beijing, at the price of diluting human rights. If Paris remains silent, Brussels will hesitate, then retreat. And if Europe retreats, Tibet and East Turkestan will vanish from international attention. In this dynamic, each French silence strengthens Beijing’s strategy of isolating occupied countries and preventing collective positioning.
Please accept, Mr President of the Republic, the expression of our highest consideration.
Marcelle ROUX
President, Association France-Tibet
Ugen-Tenzing NOUBPA
Vice-President
Note: We also enclose an English version of this letter, should you wish to share it with your counterpart, Mr Xi Jinping, in order to avoid any misunderstanding regarding our words.

