L’eurodéputé Raphaël Glucksmann a appuyé lundi la plainte déposée à Paris contre des multinationales de l’habillement accusées de bénéficier du travail forcé en Chine des Ouïghours, faisant ainsi « entrer un crime contre l’humanité dans nos vies quotidiennes ».
L’élu européen, sanctionné par Pékin pour son engagement en faveur de la minorité ouïghoure, s’exprimait lors d’une conférence de presse des ONG à l’origine de cette plainte, l’association anticorruption Sherpa, le collectif Ethique sur l’étiquette et l’Institut ouïghour d’Europe (IODE).
Cette demande d’enquête vise Uniqlo France (du groupe japonais Fast Retailing), Inditex (qui détient les marques Zara, Bershka, Massimo Duti), SMCP (Sandro, Maje, de Fursac…) et le chausseur de sport Skechers, dont certains fournisseurs sont accusés d’utiliser cette main d’oeuvre forcée en Chine.
Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, évoquent un « génocide » de cette minorité principalement musulmane qui représente un peu moins de la moitié des 25 millions d’habitants du Xinjiang et des ONG accusent Pékin d’avoir interné depuis 2017 plus d’un million d’entre eux dans des centres de rééducation politique.
Le régime communiste dément ce chiffre et assure qu’il s’agit de « centres de formation professionnelle » destinés à éloigner les Ouïghours de l’islamisme et du séparatisme, après une série d’attentats qui leur ont été attribués.
Pour l’avocat William Bourdon, auteur de cette plainte, le choix d’attaquer en justice via la qualification pénale de « recel » est « inédite », sujet à débat judiciaire. Mais il appelle la justice française à être « courageuse », à « innover » et à élargir le droit positif.
« On importe des produits au prix du sang, des souffrances et des larmes. Il faut que cesse ce double discours » des entreprises, a-t-il déclaré.
12/04/2021 14:19:19 – Paris (AFP) – © 2021 AFP
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Du tissu utilisé dans la région ?
Dans le détail, les plaignants suggèrent à la justice de qualifier ces faits de « recel de crime de réduction en servitude aggravée », « recel de crime de traite des êtres humains en bande organisée » ou encore « recel de crime de génocide et de crime contre l’humanité ». Le géant espagnol Inditex se voit reprocher par les associations ses liens avec d’importants producteurs de fils et de tissus installés aux Xinjiang, ce qu’il a contesté. Uniqlo, qui a pris position officiellement contre le travail forcé des Ouïghours, est accusée de s’être fourni en textile dans la région, ainsi que de la province d’Anhui, où des milliers de travailleurs ouïghours ont été transférés, possiblement contraints.
Concernant SMCP, le fabricant a pour actionnaire majoritaire Topsoho, une société détenue par le Chinois Shandong Ruyi qui, selon l’ASPI, a implanté ses usines depuis 2010 dans le Xinjiang. Enfin, des chaussures de Skechers USA France ont été produites dans une usine de la province du Guangdong, où travaillent des Ouïghours transférés potentiellement de force, selon les plaignants. Les associations ont annoncé tenir une conférence de presse lundi 12 avril à Paris, en présence de la sociologue Dilnur Reyhan, fondatrice de l’Institut ouïghour d’Europe, et de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, récemment interdit d’entrée en Chine pour son engagement dans cette cause, qui est très critique face au récent accord sino-européen sur les investissements dépourvu, estime-t-il, de garanties notamment sur le travail forcé.
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Un calendrier précis demandé à la Chine
En ce qui concerne cet accord, Paris rappelle régulièrement à ses interlocuteurs chinois ses « attentes sur la ratification (par Pékin) des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), notamment sur le travail forcé, au vu des très grandes inquiétudes et des préoccupations de la France, mais aussi de toute l’opinion publique européenne, sur la situation des Ouïghours et la situation globale au Xinjiang », soulignait-on vendredi à l’Elysée.
« Il va falloir que les Chinois s’engagent sur un calendrier précis. (…) Il revient aux autorités chinoises de comprendre (…) cette très grande préoccupation et même cette condamnation de la situation, des mesures qui ont été prises au Xinjiang et d’y répondre », ajoutait-on.
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