Wang Yi est le ministre des Affaires étrangères de la Chine. L’image internationale de la Chine, c’est lui. Mercredi à Ottawa, devant un Stéphane Dion impassible, Wang a perdu toute contenance. En réponse à une banale question sur les droits de la personne et sur la sécurité régionale, il a engueulé une journaliste. «Votre question est totalement insupportable pour moi».
«Connaissez-vous la Chine? Avez-vous été en Chine?». «Vous n’avez pas le droit de parler ainsi».
S’agissait-il d’une colère simulée destinée à éviter de répondre aux questions? Wang Yi était-il de mauvaise humeur parce qu’il n’avait pas obtenu ce qu’il désirait avec M. Dion, entre autres dans les négociations de libre-échange? Quelle que soit la raison de cette colère, le comportement de Wang Li a terni l’image de la Chine. Il a confirmé les appréhensions sur la nouvelle dérive autoritaire du gouvernement chinois.
1. Pourquoi un ministre ne doit-il pas s’emporter contre un journaliste ?
Les ministres peuvent communiquer comme ils le veulent. Mais les réponses et la manière dont elles sont faites génèrent des répercussions médiatiques. Encore plus quand un ministre se trouve à l’étranger. Un ministre ne devrait se mettre en colère que dans des circonstances exceptionnelles. Surtout dans la culture chinoise, où éclater de colère est une des nombreuses façons de perdre la face. Il n’est pas exagéré de dire que Wang Yi a perdu la face. Plus grave, il a porté atteinte à une certaine image de la Chine. Les autres dirigeants chinois reprocheront cet écart à Wang lorsqu’il sera de retour dans son pays.
2. Qu’en est-il des droits de la personne en Chine ?
Wang prétend que les droits de la personne sont très bien défendus en Chine. Il n’a pas complètement tort. Les droits des Chinois sont plus respectés aujourd’hui qu’au temps de Mao. Le problème est que le Parti communiste chinois veut persuader les gens que sans lui, la Chine sombrerait dans le chaos. Il serait donc normal pour le Parti communiste de prendre toutes les mesures requises pour demeurer au pouvoir, y compris d’emprisonner les journalistes, d’étouffer les critiques contre le gouvernement, de censurer internet, etc. Malheureusement pour le Parti communiste, cette position est impossible à prouver. Avec le temps, elle devient même de plus en plus douteuse.
3. Pourquoi la sécurité est-elle une question chatouilleuse ?
Le gouvernement chinois s’est lancé à la conquête d’eaux territoriales en mer de Chine. Ces eaux étaient sans grande importance avant que des réserves de gaz et de pétrole y soient découvertes. Aucun des autres États de la région ne reconnaît ces territoires à la Chine. Le gouvernement chinois s’est placé dans une situation difficile sur cette question parce qu’il en a fait un enjeu nationaliste auprès de sa propre population.
4. Pourquoi la Chine veut-elle un accord de libre-échange avec le Canada ?
Pour pouvoir vendre au Canada encore plus de produits chinois, en particulier dans le domaine des services. De plus, le gouvernement chinois est très intéressé par les matières premières et par les hautes technologies du Canada. Le Canada a peu d’avantages réels à tirer d’un accord de libre-échange avec la Chine.
5. Le Canada peut-il influencer la Chine ?
Même si le Canada a en général d’excellentes relations avec la Chine, le gouvernement chinois devient de plus en plus difficile à influencer à mesure que la puissance du pays augmente.
Publié le 01 juin 2016 à 17h00 | Mis à jour le 01 juin 2016 à 19h26
Le ministre chinois des Affaires étrangères gronde une journaliste canadienne
Wang Yi répond à une question d’un journaliste lors d’une conférence de presse mercredi à Ottawa.
PHOTO PC
La Presse Canadienne
Le ministre chinois des Affaires étrangères a fermement réprimandé, mercredi à Ottawa, une journaliste canadienne qui l’avait interrogé sur le piètre bilan de son pays en matière de respect des droits de la personne.
En visite au Canada, Wang Yi a estimé que la reporter du site web IPolitics avait agi de manière «irresponsable» en lui posant une question sur ce sujet délicat et sur l’emprisonnement du Canadien Kevin Garratt pour espionnage.
Le ministre Wang semblait réellement en colère alors qu’il sermonnait la journaliste, par l’entremise d’un interprète, à l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, dans le foyer du quartier général d’Affaires mondiales Canada.
«Votre question est empreinte de préjugés et d’arrogance – antichinoise, a-t-il dit, très remonté. J’ignore d’où vous tenez ça. C’est tout à fait inacceptable. Personne ne connaît mieux que les Chinois eux-mêmes la situation des droits de la personne en Chine. Alors, j’aimerais vous suggérer de ne pas, s’il vous plaît, poser de questions de manière aussi irresponsable. Nous accueillons volontiers les suggestions formulées de bonne foi, mais nous rejetons les accusations sans fondements et injustifiées.»
La question de la reporter du site IPolitics avait été posée au nom de journalistes de plusieurs médias, dont La Presse Canadienne.
Le ministre Wang a aussi demandé à la journaliste si elle avait déjà visité son pays. «Savez-vous que la Chine a sorti de la pauvreté plus de 600 millions de personnes ? Et savez-vous que la Chine, partie de très loin, est aujourd’hui la deuxième économie mondiale ? (…) Et savez-vous que la Chine a enchâssé dans sa Constitution la protection et la promotion des droits de la personne?»
Un peu plus tôt, en réponse à la question qui a offusqué son homologue chinois, le ministre Dion a indiqué qu’il avait évoqué le dossier de Kevin Garratt avec M. Wang, et qu’il ne rate jamais une occasion de soulever la question des droits de la personne et d’autres irritants diplomatiques.
«Ces discussions font partie intégrante d’une relation saine, a indiqué M. Dion. Nous savons que nous ne serons pas toujours d’accord sur tout, mais nous devons progresser.»
La Chine et le Canada s’entendent aussi pour diverger d’opinions dans le délicat conflit territorial en mer de Chine méridionale, a admis le ministre Dion. M. Wang a été passionné, mais le ministre Dion lui a rappelé que les voisins de la Chine le sont aussi.
Par ailleurs, la Chine souhaiterait bien conclure un accord de libre-échange avec le Canada, mais les deux ministres n’avaient rien à annoncer de ce côté mercredi. La Chine n’est pas partie du Partenariat transpacifique, signé en février 2016.
Le ministre chinois a diplomatiquement évité de parler du précédent gouvernement conservateur de Stephen Harper, au départ plutôt hostile à Pékin. Il a cependant vanté les mérites des divers gouvernements libéraux depuis Pierre Elliott Trudeau, qui avait rétabli les relations diplomatiques avec la Chine en 1970 – avant même les États-Unis.