Mise au pas
Avec l’intronisation de Xi Jinping à la tête du Parti communiste chinois, fin 2012, une chape de plomb est tombée sur toutes les rédactions du pays. Trois ans plus tard, fragilisé par le ralentissement économique, Pékin a encore renforcé son contrôle. Selon les sinologues, cette reprise en main n’est plus uniquement l’œuvre du chef de la propagande, Liu Yunshan, mais aussi celle de Xi Jinping lui-même. Rompant avec la direction collégiale menée par son prédécesseur, Hu Jintao, le président a concentré les pouvoirs. Dans cette période d’incertitude économique et sociale, la mise au pas doit lui permettre de s’assurer de la loyauté des médias officiels, de recadrer les groupes de presse privés et de bâtir un culte de la personnalité. L’objectif, pour le numéro 1 du régime et ses alliés ? Se trouver au-dessus de la mêlée en prévision du 19e Congrès du Parti, à l’automne 2017. C’était le sens de la visite, le 19 février, du président chinois dans les rédactions du Quotidien du peuple (le journal du PCC), de l’agence de presse officielle Xinhua (Chine nouvelle) et de CCTV, le réseau audiovisuel public contrôlé par l’Etat. Aucun déplacement de cette envergure n’avait été organisé depuis 2008. Ce jour-là, Xi Jinping s’est même assis sur le plateau, face à la caméra, dans l’un des deux sièges réservés d’ordinaire aux présentateurs du Xinwen Lianbo de CCTV. Ce bulletin d’information est retransmis à 19 heures tapantes par toutes les chaînes du pays, et jusque dans le métro et les bus. «Le Quotidien du peuple, Xinhua et CCTV forment le centre névralgique de l’information officielle, analyse Jean-Pierre Cabestan, sinologue et professeur à l’Université baptiste de Hongkong. Comme d’habitude, on peut interpréter cette visite de deux façons : soit elle reflète une confiance dans le système, soit, inversement, une forme de paranoïa et d’inquiétude. Je penche plutôt pour le deuxième scénario.»Campagne contre la société civile
Le contrôle des médias a toujours été une priorité du PCC. Au fil des années, la censure s’est étoffée pour suivre l’évolution du paysage médiatique et l’arrivée de 668 millions d’internautes. A côté des publications qui répercutent la voix du Parti sur le papier et le Web, une presse plus ou moins autonome est apparue, tiraillée entre les consignes quotidiennes des autorités en charge de la propagande et les pressions commerciales des annonceurs. Dans certains titres, des journalistes chinois ont signé de longues enquêtes, y compris sur des sujets sensibles. Mais avec l’arrivée de Xi Jinping, les pressions sont montées d’un cran. Une vaste campagne contre la société civile a déjà ciblé les universitaires, les avocats ou les ONG. Lors de sa visite du 19 février, Xi Jinping a expliqué que les médias devaient «protéger l’autorité et l’unité du Parti». Et même affirmé «Meiti xing dang», soit «les médias se surnomment Parti». La formule a fait bondir Ren Zhiqiang, un tycoon de l’immobilier et membre du Parti, très populaire sur Sina Weibo, l’équivalent chinois de Twitter. Le magnat de 65 ans a dégainé plusieurs tweets critiques avant que les censeurs ne ferment son compte, auquel 38 millions de personnes étaient abonnées.

