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04/01/20 | 22 h 31 minpar Nathanaël Charbonnier
PEKIN / PARIS : "Quand la Chine exporte sa surveillance des minorités en France"… une enquête de Nathanaël Charbonnier pour Radio-France
Les autorités chinoises cherchent-elles à surveiller et intimider certains de ses ressortissants installés à l’étranger ?
En France, des opposants ouïghours, tibétains ou hongkongais estiment que Pékin cherche à les faire taire, par du harcèlement téléphonique, de la surveillance ou du chantage aux visas
Subhi est Ouïghour. Il vit en France. Les soucis commencent pour lui à l’été 2018. Il participe alors à des manifestations à Paris pour défendre son peuple. Quelques semaines plus tard, il reçoit une lettre de ses parents, rédigée en langue chinoise. Mais si son père et sa mère parlent le chinois, ils ne savent pas l’écrire. Ils utilisent habituellement la langue ouïghoure. Pour Subhi, le message est clair : ce courrier n’aurait pas été écrit par sa famille mais par des « officiels chinois » qui souhaiteraient lui signifier que ses faits et gestes en France peuvent avoir des conséquences sur ses proches dans son pays d’origine.
Qui sont les minorités concernées ?
Les Ouïghours, turcophones et musulmans sunnites, vivent à l’ouest de la Chine, dans le Turkestan oriental, devenu le Xinjiang. En France, ils représentent une petite communauté d’un millier de personnes. Les Tibétains, bouddhistes sont un peu plus nombreux sur le territoire français. On estime leur communauté à plus de 6 500 personnes. Parmi eux, on compte des étudiants et des réfugiés politiques. Mais quelles que soient les minorités, Ouighours, Tibétains, et même Hongkongais, les méthodes d’intimidation utilisées par les autorités chinoises seraient les mêmes.
Quelles sont ces méthodes ?
Le colis
Le scénario est un classique. Cela commence par un coup de téléphone. Une personne vous invite à passer à l’ambassade de Chine afin de récupérer un colis. Problème, l’ambassade n’est pas connue comme étant un bureau de poste officiel. Si l’on en croit les opposants interrogés, il s’agirait avant tout d’un piège des autorités qui aurait pour but de les faire se déplacer dans les locaux chinois. L’objectif serait de les prendre en photo, mais aussi de leur poser une multitude de questions sur leurs activités sur le sol français.
Le recours à la technologie et aux réseaux sociaux
« Je suis très prudent par rapport à la façon dont j’utilise mon téléphone« , raconte Tenam, Tibétain réfugié en France. Il se refuse à utiliser les applications WeChat ou TikTok. WeChat est une application de messagerie comparable à WhatsApp, et TikTok est une application permettant de partager des vidéos, à la manière de Facebook. Or WeChat et TikTok sont développés par des entreprises chinoises, respectivement Tencent Holdings et ByteDance. Selon Tenam, avoir recours à ces applications pourrait avoir des conséquences graves : « Je connais plein d’exemples de Tibétains qui, après avoir utilisé WeChat pour envoyer des photos du Dalaï Lama par exemple, se trouvent aujourd’hui en prison. »
Des Français dans le radar chinois ?
Marie Holzman est sinologue et présidente de l’association Solidarité avec la Chine, créée en 1989 au lendemain du massacre de Tiananmen dans le but de conserver la mémoire des événements et des victimes des forces chinoises. Elle explique avoir subi, en son absence, une visite insolite à son domicile. « La personne qui a pénétré chez moi a délibérément allumé toutes les lumières, ouvert des tiroirs, mais elle n’a rien volé, raconte-t-elle. Comme si elle avait voulu montrer qu’on m’avait à l’œil. »
D’autres chercheurs ou personnalités qui critiqueraient trop ouvertement le régime chinois sont victimes d’une mesure de rétorsion très simple : la non-obtention de visas. Or ces visas sont indispensables pour leur travail de terrain, ou pour conduire leurs activités en Chine.