Paris 2024 : la mascotte « made in China » des Jeux, symbole d’un couac industriel français
Dossier spécial « JO ». La quasi-totalité des « Phryge », peluches officielles, sort d’usines installées… en Chine. Un crève-cœur pour les défenseurs du patriotisme économique.
On sait depuis 2017 que la France va organiser les JO. Il était parfaitement possible de mobiliser notre filière textile pour réaliser les mascottes. D’autant que les volumes, au regard des éditions précédentes, sont connus à l’avance : il en faut 2 millions. Cette histoire est un gâchis… » Lorsque Gilles Attaf, le président d’Origine France Garantie (OFG), a appris en novembre 2022 que 90 % des « Phryge », les peluches officielles des Jeux, seraient fabriquées en Chine par les deux sociétés françaises ayant remporté l’appel d’offres, son sang n’a fait qu’un tour. « Le bonnet phrygien cousu par des Chinois : symboliquement, c’est quand même la blague… » regrette-t-il.
L’idée de proposer en un temps record une « contre-mascotte », 100 % tricolore, a aussitôt germé dans la tête de cet inlassable défenseur du « Produit en France ». « Il y a eu un élan formidable : en quelques semaines, une soixantaine d’industriels, spécialisés dans le tissu, le design ou la confection, nous ont proposé leur aide », raconte Benjamin Lasserre, le cofondateur de La Source française, le bureau d’études mandaté sur le projet.
La maille polaire a été fournie par 4F, un tricoteur nancéen. Les empiècements en jean par la marque 1083, installée à Romans-sur-Isère. Le rembourrage – de la ouate recyclée et recyclable – par le groupe normand PEG. Jusqu’aux étiquettes, réalisées par la société Neyret à Saint-Etienne. Le tout assemblé dans un atelier auvergnat, à Thiers. Le résultat ? Une drôle de peluche bigarrée, mi-coq mi-phœnix, baptisée Cocorifeu et proposée sur le site d’OFG au prix de 39 euros. Le même tarif que les « Phryge » made in France, quand leurs versions chinoises, de taille équivalente, sont vendues entre 5 et 13 euros de moins.
Après quelques échanges sportifs avec le Comité d’organisation des Jeux, Gilles Attaf a finalement décidé de temporiser, pour éviter une action en concurrence déloyale. Cocorifeu est devenu « la mascotte de la réindustrialisation ». Et le symbole, en creux, d’un vrai loupé.

