Une campagne politique nationale en Chine contre les « forces obscures et maléfiques » s’est intensifiée au Tibet sous occupation chinoise, mettant l’accent sur l’élimination du « séparatisme au nom de la religion » et de la loyauté envers le dalaï-lama. Des responsables de la ligne dure du Parti communiste ont averti que les Tibétains vivant à l’étranger et influencés par le dalaï-lama constituent également des cibles privilégiées.
Vingt et un Tibétains ont été condamnés à des peines de prison en mai dans le cadre de cette campagne, notamment deux chefs de village et un chef nomade accusé d’avoir fondé une organisation de protection de l’environnement. Des images diffusées par les autorités locales au Tibet ont montré une unité de police en uniforme noir arrivant pour arrêter un Tibétain influent au sein de la communauté, qui avait refusé d’être relocalisé.
L’intensification de la répression au Tibet a été annoncée mi-juin par une équipe d’inspection dépêchée à Lhassa et dirigée par Zhu Weiqun, un responsable chinois connu pour sa rhétorique virulente à l’encontre du dalaï-lama. Les médias d’État chinois ont indiqué que les crimes visés « sont généralement liés aux forces séparatistes de la région » et ont cité Zhu Weiqun : « Nous nous opposons fermement à toute force séparatiste agissant au nom de l’ethnie ou de la religion, des forces principalement organisées par la clique du dalaï-lama. »
Toute manifestation de soutien au dalaï-lama est assimilée à du crime organisé, selon une circulaire publiée l’année dernière par la police de la Région autonome du Tibet (RAT).
Par ailleurs, un avis a été émis en février dernier dans la RAT, déclarant illégales diverses activités sociales traditionnelles ou informelles au sein de la population tibétaine, notamment les initiatives locales de protection de l’environnement, de préservation de la langue ou de médiation communautaire.
La rhétorique de cette campagne politique vise à intimider les Tibétains et à instaurer un contrôle draconien. Les médias d’État ont également averti que les Tibétains en visite dans la région couraient des risques ; Xiong Kunxin, professeur à l’université du Tibet, a ainsi déclaré : « En ce qui concerne le Tibet, les séparatistes basés à l’étranger pourraient être à l’origine de certains gangs. »
Les Tibétains ayant visité la région confirment le climat de peur et d’oppression qui y règne, certains décrivant la situation comme celle d’une « prison ». Les visiteurs doivent informer les autorités s’ils prévoient de s’absenter pour la journée et ne sont pas autorisés à porter de téléphone portable, en particulier sur les sites religieux importants tels que les temples et les monastères. Lors de la visite de l’équipe d’inspection, des dirigeants, dont Lobsang Gyaltsen (secrétaire adjoint du Parti pour la Région autonome du Tibet), ont affirmé que la campagne de trois ans contre la criminalité organisée et les « forces du mal » en Chine s’inscrivait dans le droit fil des directives spécifiques du secrétaire général du Parti et président Xi Jinping concernant la « lutte spéciale contre le mal ». Évoquant la situation « particulière » du Tibet — ce qui revient, du moins en partie, à reconnaître que le Parti n’a pas réussi à s’assurer la loyauté des fonctionnaires ni celle de la population tibétaine en général, notamment en ce qui concerne l’attachement au dalaï-lama —, Zhu Weiqun a déclaré : « Nous devons associer étroitement la lutte contre le mal à la lutte contre le séparatisme. »
La visite des responsables chinois ce mois-ci a coïncidé avec le retour à Lhassa de Gyaltsen Norbu, le panchen-lama désigné par la Chine et l’un des plus hauts dignitaires du bouddhisme tibétain. Le gouvernement chinois a intronisé Gyaltsen Norbu en tant que panchen-lama en 1995, après avoir enlevé l’enfant de six ans que le dalaï-lama avait reconnu. Gyaltsen Norbu se trouvait au Tibet pour des « recherches » et des « activités bouddhistes non précisées ». Sa nomination à la présidence de l’Association bouddhiste de Chine a également été annoncée dans la région ; cette mesure témoigne des efforts systématiques de Pékin pour accroître l’importance de Norbu, après son premier déplacement à l’étranger, en Thaïlande, à la mi-mai. Les autorités chinoises avaient été surprises par la popularité persistante de Rinzin Wangmo, la fille du précédent panchen-lama, lors de sa visite à Lhassa l’année dernière. La promotion concertée de Gyaltsen Norbu par Pékin s’inscrit dans une stratégie politique systématique et renforcée visant à contrer et à saper l’influence mondiale du dalaï-lama, tout en s’appropriant la religion et la culture bouddhistes tibétaines.
La lutte politique contre la popularité du dalaï-lama est au cœur des préoccupations de Pékin et est menée sur le pied de guerre. Citant les propos qu’un professeur chinois aurait tenus l’an dernier au sujet d’une circulaire de la police, un article des médias d’État affirme : « La prolifération de bandes séparatistes au Tibet est endémique […] une campagne contre les gangsters permettra de dissuader les activités sécessionnistes au Tibet. » Concernant la campagne de répression en cours, les médias d’État ont rapporté que le président de la Haute Cour populaire du Tibet avait déclaré en janvier que 360 personnes, impliquées dans 268 affaires, avaient été reconnues coupables lors de la campagne régionale de 2018 contre la criminalité organisée, et que 25 autres personnes avaient également été sanctionnées pour « incitation au séparatisme ou pour des crimes financiers menaçant la sécurité nationale ». Aucune précision supplémentaire n’a été fournie sur les cas individuels.


