« Le mensonge de Pékin : Taïwan appartient à la Chine »
Après les rétrocessions des territoires de Hong Kong en 1997 et de Macao en 1999, la question taïwanaise représente le problème numéro un de la diplomatie chinoise. « Or, font remarquer Emmanuel Dubois de Prisque de l’Institut Thomas More et Sophie Boisseau du Rocher de l’Institut français des relations internationales (IFRI) dans leur dernier ouvrage, la politique taïwanaise de la Chine est marquée du sceau d’un énorme mensonge dont Pékin espère qu’à force d’être martelé, il entrera dans la tête des chancelleries et des médias du monde entier pour -enfin- devenir réalité : Taïwan appartient à la Chine » (1).De 1895 à 1945, Taïwan était un territoire japonais
Qu’en est-il exactement ? Au commencement existait une île (36 000 km2, soit cinq fois la Corse ou à peine plus grande que la Sardaigne), peuplée d’aborigènes d’origine malayo-polynésienne, qui n’a jamais vraiment intéressé les dynasties impériales chinoises. Portugais, Espagnols, Japonais, Néerlandais s’y arrêtent à partir du XVIe siècle et ce n’est qu’en 1887, à la fin de la dynastie Qing (la dernière dynastie chinoise) que Formose est élevée au rang de province chinoise, huit ans avant d’être colonisée par les Japonais.En 1945, la République de Chine de Tchang Kai-chek récupère Taïwan
Après la défaite japonaise en 1945, les alliés tiennent leur promesse faite au nationaliste Tchang Kai-chek et lui rendent tous les territoires conquis par le Japon (Mandchourie, Taïwan et l’archipel Pescadores). La République de Chine récupère une île avec une population qui parle la langue min-nan dans la campagne et le japonais dans les villes… Vaincu par Mao en 1949, Tchang Kai-chek s’y replie avec ses troupes et ses fidèles. Il y perpétue l’existence de la République de Chine (RDC) et l’état d’urgence (levé seulement en 1987) alors que Mao fonde la République populaire de Chine (RPC). Laquelle considère Taïwan comme sa 23e province et rêve de « réunification de la race chinoise ». Aux yeux de Pékin, « les Taïwanais partagent avec les Chinois du continent un même sang, plus épais que l’eau du détroit qui sépare la famille chinoise », écrivent Emmanuel Dubois de Prisque et Sophie Boisseau du Rocher. À ce titre, Pékin veut persuader sa population, les Taïwanais et le monde, que la « réunification » fait partie du destin historique du peuple chinois. À Taïwan aujourd’hui, plus de 80 % de la population rejettent Xi Jinping et son plan de réunification.
(1) La Chine e(s) t le monde, essai sur la sino-mondialisation
Éditions Odile Jacob, 295 p., 23,90 €

