Accueil / Actualités / "Taïwan, terre d’accueil pour les exilés hongkongais"…pour qui… «le coronavirus est moins dangereux que le gouvernement»
21/09/20 | 16 h 13 minpar Dorian Malovic
"Taïwan, terre d’accueil pour les exilés hongkongais"…pour qui… «le coronavirus est moins dangereux que le gouvernement»
A Hong Kong protester in Taiwan wears a mask with slogan reading « Stand with HK » during a march to mark the first anniversary of a Hong Kong mass rally against the now-withdrawn extradition bill in Taipei, Taiwan, Friday, June 12, 2020. (AP Photo/Chiang Ying-ying)
Analyse : Les autorités taïwanaises ont ouvert le 1er juillet dernier un bureau spécial destiné à accueillir les Hongkongais qui fuient la répression. Plusieurs centaines ont déjà quitté l’ancienne colonie britannique depuis l’année dernière.
→ À LIRE. Pour l’ONU, la loi sur la sécurité fait peser un « risque grave » pour les libertés à Hong Kong
Quand ils choisissent la route de l’exil, beaucoup se tournent vers Taïwan. Les immenses manifestations antigouvernementales qui ont secoué Hong Kong ont reçu un soutien unanime de la part des autorités et de l’opinion publique taïwanaise. L’île a ouvert le 1er juillet 2020 un bureau spécial : le bureau d’échanges et de services pour Hong Kong, destiné à aider les personnes souhaitant partir.
Il s’agit d’un changement politique et juridique important de la part des autorités de l’île qui sont à couteaux tirés avec la République populaire de Chine. « Dans la législation taïwanaise il n’existe pas de loi sur l’asile, explique une source taïwanaise proche du dossier, car le pays a toujours eu peur de voir déferler sur son territoire des habitants de Chine continentale, pour des raisons d’espionnage ou d’infiltration. »
À peine ouvert le 1er juillet 2020, le bureau a fourni de l’aide à 180 Hongkongais. Ils sont venus s’ajouter à 200 autres ressortissants qui avaient déjà fui le territoire vers Taïwan au cours des derniers mois. Selon les groupes de défense des droits civiques taïwanais, ils viennent en tant qu’étudiants, hommes d’affaires, techniciens, professionnels mais n’ont pas de statut de « réfugié » ni « d’exilé politique ». Ils font les démarches au bureau de représentation de Taïwan basé à Hong Kong sur lequel la Chine fait pression en ne renouvelant pas les visas des diplomates sur place. Puis ils obtiennent un visa et prennent l’avion pour Taïpei.
Ces illégaux Hongkongais mettent Taïwan dans l’embarras
Cette initiative taïwanaise a été immédiatement condamnée par la Chine qui évoque « un complot politique cherchant à se mêler des affaires de Hong Kong et à saboter sa stabilité et sa prospérité ». Pékin a ajouté que « donner asile aux émeutiers » de Hong Kong ne ferait que nuire à Taïwan.
→ À LIRE. L’inquiétant destin de douze Hongkongais emprisonnés en Chine
Très sensibles à ce flux de migrants, les autorités chinoises ont renforcé leurs contrôles sur les frontières maritimes. Le 24 août, la police maritime chinoise a arrêté 12 jeunes Hongkongais qui tentaient de rallier illégalement Taïwan par bateau. Emprisonnés à Shenzhen, ils risquent de lourdes peines de prison.
Une filière bien organisée s’était mise en place dès le mois de juillet entre Taïwan et Hong Kong. C’est un nombre indéterminé de Hongkongais qui seraient arrivés à cette époque sur la petite île taïwanaise de Dongsha. « Cela a créé une polémique à Taïwan, explique un journaliste local, car on ne sait pas très bien ce qui se passe pour ces Hongkongais arrivés illégalement ».
De fait la situation met dans l’embarras Taïpei, qui préfère gérer le dossier dans la plus grande discrétion. Légaliser ses « illégaux » provoquerait un appel de migrants mais aussi la colère de la Chine. Ce à quoi se refusent les autorités taïwanaises dont les relations avec Pékin n’ont jamais été aussi tendues.
image : Taïwan accueille les habitants de Hong Kong qui souhaitent quitter leur île depuis la promulgation de la loi sur la sécurité intérieure.CHIANG YING-YING/AP