C’est à la fois la chance et le drame de sa vie. La nuit du 3 au 4 juin 1989, Lun Zhang n’était pas sur la place Tiananmen. Après y avoir passé plus de cinquante jours, il participait ce soir-là à une réunion politique sur un campus de banlieue, pour préparer la suite du mouvement qui avait commencé le 15 avril, et s’achèverait dans le sang cette nuit-là.
Lun Zhang n’a pas assisté à la dernière négociation sur la place, vers 2 heures du matin, permettant d’évacuer quelques étudiants massés près du Monument aux héros du peuple. Pas vu les soldats ouvrir le feu à l’arme lourde, et achever des blessés à la baïonnette. Ni les chars militaires s’emparer sans pitié de l’immense place à partir de 4 heures, broyant sous leurs chenilles des centaines de corps désarmés.
Dans un télégramme secret envoyé le 5 juin à son gouvernement (déclassifié en 2017), l’ambassadeur britannique à Pékin estimait les morts civils à au moins « 10 000 ». Il écrivait que les blindés avaient « roulé sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme “une pâte”, avant que les restes soient ramassés au bulldozer […], incinérés et évacués au jet d’eau dans les égouts ».