Des experts de l’ONU alertent sur le fait que la stratégie de la Chine au Tibet est passée du contrôle à l’effacement. Près d’un million d’enfants tibétains sont arrachés à leurs familles, la langue disparaît des écoles et la surveillance s’étend à tous les aspects de la vie quotidienne. Les Tibétains luttent pour préserver leur culture tandis que le monde détourne le regard.
La stratégie de la Chine au Tibet évolue du contrôle à l’effacement, évite l’ONU et les organisations de défense des droits humains.
À l’approche du 10 mars 2026, 67e anniversaire du soulèvement national tibétain de 1959, le Tibet demeure soumis à l’un des systèmes de contrôle politique, culturel et technologique les plus étendus au monde. Ce qui a commencé il y a plusieurs décennies comme une consolidation territoriale s’est transformée, selon les experts des Nations Unies et les organisations de défense des droits humains, en un effort concerté visant à démanteler l’identité tibétaine par le biais de politiques éducatives, de la surveillance et de l’ingérence religieuse.
En février 2023, des rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont lancé un avertissement historique : près d’un million d’enfants tibétains étaient séparés de leurs familles par le biais d’un système d’internats gérés par l’État. Selon les experts, ce programme « semble viser à assimiler les enfants tibétains à la culture Han dominante », et ils ont constaté que des enfants de quatre ans à peine étaient placés dans des internats où le mandarin est la principale langue d’enseignement, le tibétain étant relégué au second plan.
En 2024, des recherches indépendantes ont montré qu’environ 78 % des élèves tibétains étaient inscrits dans des internats, soit plus de trois fois la moyenne nationale chinoise d’environ 22 %. Human Rights Watch et d’autres observateurs ont signalé que la soi-disant « éducation bilingue » se limitait de plus en plus à un enseignement exclusivement en mandarin, accélérant ainsi le déclin de l’alphabétisation en langue tibétaine.
Cette tendance s’est accentuée en 2025, lorsque la Chine a confirmé des modifications apportées aux normes nationales d’éducation, supprimant le tibétain des matières fondamentales des principaux cadres d’évaluation, y compris les filières menant à l’enseignement supérieur. Des enseignants et des parents tibétains ont constaté que les élèves achevant leurs études secondaires ne maîtrisaient plus la lecture ni l’écriture de leur langue maternelle.
Parallèlement à l’éducation, la surveillance s’est rapidement intensifiée. Dès 2024-2025, le Tibet était devenu l’une des régions les plus surveillées de Chine, avec d’épais réseaux de caméras de reconnaissance faciale, des points de contrôle policiers et une surveillance numérique omniprésente dans la vie quotidienne. Le rapport 2023 du Département d’État américain sur les droits de l’homme faisait état de « signalements crédibles de détention arbitraire, de disparitions forcées et d’une surveillance généralisée » visant les Tibétains pour avoir exprimé pacifiquement leur culture ou leur religion.
Fin 2025, des écrivains et chanteurs folkloriques tibétains ont été arrêtés pour « incitation au séparatisme » après avoir partagé des poèmes et des chansons célébrant les paysages et les traditions du Tibet. L’un d’eux, l’écrivain Gendun Lhundrup, a été libéré mais placé sous surveillance numérique permanente, interdit de publier ou de voyager ; sa liberté n’était donc que de façade.
Le contrôle religieux demeure un enjeu central. La disparition forcée du 11e panchen lama, Gedhun Choekyi Nyima, arrêtée en mai 1995 à l’âge de six ans, entra dans sa 31e année en 2026. Des experts de l’ONU ont réaffirmé en septembre 2025 que le refus de la Chine de révéler où il se trouve constitue l’une des disparitions forcées les plus longues au monde. Pékin continue de promouvoir un panchen lama nommé par l’État tout en durcissant les lois exigeant l’approbation du gouvernement pour toute réincarnation d’un bouddhiste tibétain.
En janvier 2026, des experts de l’ONU ont averti que ces mesures – éducation, transferts de main-d’œuvre, ingénierie religieuse et surveillance – constituent une architecture politique unique conçue pour « remodeler de force l’identité culturelle tibétaine sous couvert de développement et de lutte contre la pauvreté ».
La Chine a rejeté toutes ces allégations. Le 23 janvier 2026, le ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié les conclusions de l’ONU de « fabriquées de toutes pièces et politiquement motivées », insistant sur le fait que les internes, les programmes de travail et les réglementations religieuses sont des mesures légales visant à améliorer les conditions de vie et à garantir la stabilité.
Cependant, les inquiétudes dépassent les frontières de la Chine. En 2025-2026, des gouvernements et des organisations de défense des droits humains ont signalé que des militants et des journalistes tibétains à l’étranger étaient victimes de harcèlement et d’intimidation en ligne, tandis que des membres de leurs familles au Tibet subissaient des pressions en représailles ; autant de preuves, selon eux, d’une répression transnationale croissante.
Malgré les pressions, les communautés tibétaines en exil continuent de préserver leur langue et leur culture grâce à des écoles indépendantes, des archives numériques et de la diplomatie culturelle, notamment en Inde, en Europe et en Amérique du Nord. L’Administration centrale tibétaine a maintes fois appelée à la protection internationale des droits linguistiques et religieux, évitant que « la survie culturelle ne puisse être différée ».
Alors que le Tibet entame la 67e année du soulèvement, des experts internationaux affirment que l’enjeu n’est plus seulement l’autonomie ou le développement, mais la survie culturelle. L’ONU a exhorté la Chine à autoriser l’accès sans restriction d’observateurs indépendants et à mettre fin aux politiques qui séparent les enfants de leurs familles et dissocient la religion de la tradition.
Sans intervention, préviennent les experts, le silence sur le plateau tibétain risque de devenir permanent, non pas par la force des armes, mais par l’érosion lente de la langue, de la mémoire et des croyances.

