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30/03/16 | 16 h 33 min

Tibet : la police chinoise détient un Tibétain qui encourage l’enseignement de la langue tibétaine

Pour avoir exprimé son inquiétude sur son SinaWeibo (ndlr : SinaWeibo est un site de micro blogging chinois, un système hybride entre Twitter et Facebook surnommé le « Twitter chinois ») sur l’impossibilité pour les jeunes Tibétains à pratiquer et parler couramment leur langue maternelle en raison de la politique d’éducation du Gouvernement chinois, les autorités chinoises ont mis en détention cet entrepreneur tibétain et l’ont déclaré disparu depuis le 27 janvier. La loi chinoise permet aux forces de l’ordre de garder quelqu’un en détention pendant un maximum de 30 jours, ce délai passé le procureur doit fournir des chefs d’accusations pour prolonger l’incarcération, sinon le détenu doit être libéré. Cependant Tashi Wangchuck n’a pas été libéré, ce qui rend sa détention illégale, nous rapporte le nytime.com le 10 mars.

Dans son post sur son micro-blog, Tashi Wangchuck, qui vit avec ses parents à Yushu une ville de la province de Qinghai, a souligné le manque d’enseignement de la langue  tibétaine et a fait ressortir que les enfants tibétains étaient dans l’impossibilité de maîtriser leur langue maternelle, une crainte partagée par toute la communauté tibétaine.

Le rapport nous indique que la famille de Tashi Wangchuck a tenté de contacter la police de Yushu et le Centre de détention de la ville, où la famille le pense détenu, mais les autorités ont refusé de leur donner un droit de visite, ainsi qu’une raison à propos de l’incarcération.

Ce rapport nous apprend également qu’un officier de police de Yushu, l’ officier Zhang, contacté par téléphone, certifie que son unité, le guobao, est en charge du dossier. Cependant lorsque des détails lui furent demandés, il répondit qu’il devait vérifier s’ils parlaient bien de la même personne.

Dans ses posts, Tashi Wangchuck exprimait son inquiétude sur l’extinction progressive de la culture tibétaine. Par exemple, le 20 janvier,  il partagea sur son blog un article, pour lequel un commentateur en ligne demanda à Khampa télévision, chaîne télévisée officielle locale tibétaine, d’en stopper la diffusion, précisant que « la culture tibétaine dont vous parlez n’existe que pour des buts d’exhibition et commerciaux ».

Son dernier post, le 24 janvier, était le re-post d’un commentaire qui exhortait le Corps législatif et la Commission du Conseil législatif de la province du Qinghai à améliorer l’enseignement bilingue et à embaucher plus de fonctionnaires bilingues.

Le rapport cite également que les opinions de Tashi furent relayées dans un article dans le New York Times, courant novembre 2015. Tashi fut aussi le sujet d’un documentaire de neuf minutes qui mettait en valeur ses efforts pour soutenir l’enseignement de la langue tibétaine, en utilisant des moyens légaux. Son nom fut cité une autre fois dans un article dépeignant comment les autorités chinoises au Tibet utilisaient les fameux festivals de chevaux pour leur propagande.

Le rapport soulignait bien que Tashi n’était pas un militant pour l’indépendance tibétaine mais qu’il cherchait simplement à préserver la culture tibétaine. En 2015 il se rendait à Pékin pour obtenir de l’aide afin de tenter une action de justice contre des officiels sa région mais sa démarche ne put aboutir.

Dans la plupart des écoles des régions tibétaines, la langue tibétaine est enseignée dans une seule classe, l’équivalent de l’enseignement d’une langue étrangère dans notre système scolaire, la langue principale étant le mandarin, nous informe le rapport.

« Mon but est de changer un peu les choses, d’insister pour préserver un pan de la culture de notre nation » dit il. « L’intégralité du groupe ethnique tibétain et sa culture sont en passe de disparaître. »

Tashi fut détenu deux brèves fois, par le passé. Il y a plus de dix ans, il fut arrêté pour avoir essayé de rejoindre l’Inde illégalement. De plus en 2012, il fut incarcéré pour avoir mis en ligne des commentaires qui critiquaient la saisie de terres par des officiels de la région.

Pour subvenir à ses besoins, Tashi possédait un magasin et utilisait Taobao (ndlr : un site de vente en ligne comme Amazon par exemple) pour vendre ses produits au travers de la Chine. Il vendait des produits régionaux comme le champignon chenille (ndlr : champignon utilisé dans la médecine traditionnelle tibétaine comme tonique) récolté sur les hauts plateaux du Tibet. Taobao est une filiale du groupe Alibaba qui en 2014 fit une vidéo dans laquelle Tashi fit une apparition, nous informe le même rapport.

Traduction Brice BAILLIF pour France Tibet

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