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28/12/25 | 10 h 41 min par Jade Hin-Cellura

TIBET : Pékin construit un méga barrage au Tibet à 167 milliards de $ pour cacher l’échec de son modèle économique

Xi Jinping bétonne son avenir au Tibet avec un barrage à 167 milliards de dollars

Quand la croissance cale, la Chine sort les bulldozers. Pékin lance sur le Yarlung Tsangpo un barrage-monstre, capable de détourner la moitié du fleuve et d’inonder le PIB de béton. Une cathédrale keynésienne qui promet emplois et mégawatts… mais aussi sueurs froides à l’Inde et migraines à la biodiversité.

Quand l’économie chinoise tousse, Pékin construit un barrage. Mais pas n’importe lequel. Cette fois, c’est un monstre de quelque 167 milliards. Le projet, lancé ce mois-ci sur le fleuve Yarlung Tsangpo, promet de pulvériser les records : soixante fois plus de béton que le barrage Hoover, de quoi construire une autoroute autour de la Terre cinq fois.

Ce nouvel exploit d’ingénierie titanesque, rapporté par Bloomberg, est censé tout faire à la fois : stimuler une économie au ralenti, contenir les velléités tibétaines, décarboner le mix énergétique, et envoyer un message musclé à tous les voisins – notamment ceux en aval du fleuve.

Le plan, d’une simplicité brutale, consiste à dévier près de la moitié des eaux du Yarlung Tsangpo à travers un tunnel géant de 50 km. Les eaux, précipitées sur plus de 2 000 mètres, actionneraient des turbines avant d’être restituées au fleuve… juste avant sa traversée en Inde. Un projet d’une efficacité remarquable, sauf pour la biodiversité, les risques sismiques et les pays voisins.

Le béton, un remède universel

Il faut reconnaître à Pékin une certaine constance. Déjà dans les années 1990, alors que l’économie vacillait, le barrage des Trois Gorges avait servi de cathédrale keynésienne. Aujourd’hui, le nouveau projet promet trois mille milliards de yuans d’investissements étalés sur une décennie – soit plus de 2% du PIB annuel. Les prévisionnistes misent sur une petite poussée du PIB (+0,1 à +0,2 point), et une marée de 200 000 emplois par an.

À Nyingchi, bourgade tibétaine d’ordinaire tranquille, les loyers flambent. Les investisseurs ont flairé l’aubaine. L’arrivée de milliers d’ouvriers Han, accompagnés d’infrastructures, de lignes ferroviaires et peut-être bientôt d’un aéroport, transforme la région en eldorado du béton.

Le barrage est en outre une déclaration de souveraineté liquide. Le fleuve en question – Yarlung Tsangpo – ne reste pas en Chine : il file vers l’Inde – sous le nom de Brahmapoutre – puis vers le Bangladesh. Une géographie que Pékin n’apprécie qu’à moitié. New Dehli, déjà peu rassurée depuis l’affrontement frontalier de 2020, voit dans le barrage une arme potentielle. Officiellement, la Chine assure coopérer et partager les données hydrologiques. Mais l’accord bilatéral a expiré il y a des années. Depuis, la transparence à ce sujet reste trouble.

La nature, ce détail

Au-delà de ses ambitions hydrauliques, le projet est aussi un barrage idéologique. Pour Xi Jinping, le Tibet n’est pas seulement une région lointaine à intégrer : c’est un chapitre clé de son héritage. Son père, Xi Zhongxun, avait participé à l’élaboration de la politique tibétaine du Parti. Le fils entend conclure ce que le père avait commencé — à la manière forte.

Ce barrage, dirigé par une toute nouvelle entreprise d’État – China Yajiang Group – fait partie d’un effort plus large pour dissoudre les différences ethniques au profit d’une identité nationale unique et centralisée. Une Chine « harmonieuse », bien sûr, mais avant tout homogène. Lhassa, ville sainte du bouddhisme tibétain, risque de voir son influence marginalisée au profit de Nyingchi, vitrine du nouveau Tibet version Parti communiste : industrialisé, peuplé de Hans, tourné vers le progrès… et sous surveillance.

Si la Chine promet que le barrage n’abîmera pas l’écosystème du plateau tibétain – ce « troisième pôle » qui régule les climats d’Asie et abrite une biodiversité unique, du léopard des neiges au panda roux. Xi lui-même, lors de sa visite au Tibet en 2021, avait déclaré que « la neige et la glace sont des trésors aussi précieux que les rivières et les montagnes » (Bloomberg). Une déclaration qui résonne aujourd’hui comme une belle page d’ironie alpine… Les ingénieurs, de leur côté, assurent que le système limitera les dégâts. Peut-être. Que l’eau suive son cours… ou Pékin.