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05/05/25 | 23 h 50 min par Turquoise Roof Bulletin n°9

Une longue ombre : L’Expansion et l’exportation du modèle de répression numérique de la chine au Tibet

Résumé exécutif

De récents documents d’appel d’offres révèlent que Meiya Pico, entreprise publique chinoise spécialisée dans la criminalistique numérique, fournira un environnement de formation aux cyberopérations offensives et un laboratoire de criminalistique numérique à l’École de police du Tibet à Lhassa. Ce développement souligne l’investissement stratégique du gouvernement chinois dans les infrastructures de formation avancées du Bureau de la sécurité publique (BSP) au Tibet et souligne le rôle essentiel de Meiya Pico pour répondre à ces besoins spécifiques.

La mise en œuvre des capacités de formation offensive en cybersécurité et de la technologie de criminalistique numérique de Meiya Pico dans cette région historiquement importante et culturellement sensible démontre comment ces technologies sont intégrées au dispositif de sécurité publique chinois au Tibet. Lhassa, l’un des lieux de pèlerinage les plus sacrés du Tibet malgré l’absence du Dalaï-Lama depuis son évasion en 1959, est devenue un terrain d’essai pour les technologies de surveillance aux applications mondiales potentielles.

Au cours de la dernière décennie, Meiya Pico est devenue une pierre angulaire du système de surveillance numérique chinois. Du développement d’applications d’espionnage téléphonique et de dispositifs de piratage informatique pour la police à la création de plateformes de big data exploitant les communications par e-mail, la technologie de Meiya Pico a été déployée en première ligne de la répression au Xinjiang et au Tibet. L’entreprise a été identifiée comme présentant un risque important pour la sécurité nationale des États-Unis en 2019 et inscrite sur la liste des entités américaines aux côtés d’entreprises comme iFlytek et SenseTime, en raison de son implication dans des violations des droits humains contre les Ouïghours au Xinjiang.

L’intégration progressive de l’entreprise dans une entreprise publique et son étroite collaboration avec des agences de sécurité comme le ministère de la Sécurité publique illustrent comment des marques de cybersécurité, apparemment indépendantes, peuvent devenir de puissants instruments de contrôle autoritaire centralisé en Chine. Enquêtes et fuites – de l’exposition de l’application MFSocket de Meiya, qui extrait les données des téléphones des utilisateurs en 2019, aux fichiers i-Soon de l’année dernière – ont levé le voile sur cette collaboration opaque, révélant un écosystème de sous-traitants spécialisés dans la surveillance et les logiciels espions qui œuvrent à renforcer le pouvoir du PCC en Chine et à influencer l’étranger.

Meiya Pico est emblématique de cet écosystème, car elle joue un double rôle : permettre la surveillance policière sur le front intérieur, dans les régions frontalières de la RPC, et exporter le modèle de répression numérique chinois à l’étranger. Qu’il s’agisse d’équiper la police chinoise de Lhassa, capitale historique et culturelle du Tibet, de techniques d’intrusion à distance ou de former des forces de police étrangères, Meiya Pico illustre les ambitions mondiales du secteur chinois de la surveillance et de la sécurité.

La technologie, la formation et les services d’investigation numérique fournis par Meiya Pico peuvent jouer un rôle aux deux extrémités d’un réseau de répression, facilitant la répression transnationale au-delà du corridor « la Ceinture et la Route » – aidant Pékin à traquer, intimider et réduire au silence la dissidence tibétaine dans le monde entier, de Lhassa à Londres. Lorsque la police chinoise au Tibet saisit le téléphone d’une personne soupçonnée de partager des informations avec Dharamsala, compte tenu du retrait annoncé de l’entreprise israélienne Cellebrite du marché chinois, elle est susceptible d’utiliser les outils de Meiya Pico pour exfiltrer et analyser le contenu de ce téléphone. Parallèlement, la formation dispensée à la police de Lhassa dans le nouveau laboratoire de sécurité offensive pourrait être directement orientée vers les réseaux d’exilés.

Ce rapport examine comment cette sécurisation omniprésente des réseaux numériques – et la sécurisation à travers eux – affecte le bien-être psychologique et la cohésion sociale des Tibétains, et établit des parallèles comparatifs avec des tactiques similaires utilisées contre d’autres groupes de la diaspora.

La répression numérique transnationale exercée par la RPC contre les Tibétains constitue un défi complexe, mêlant technologie, psychologie et géopolitique. Ses conséquences, allant des troubles anxieux à la rupture des liens communautaires, sont graves, mais peuvent être atténuées par la mise en œuvre de solides protections en matière de cybersécurité, l’offre d’un soutien psychosocial et la mobilisation de la communauté internationale pour condamner et agir. Les mesures politiques décrites dans ce rapport aideront non seulement les Tibétains à retrouver leur capacité d’action et leur sécurité, mais serviront également de modèle pour protéger les autres communautés de la diaspora confrontées à des atteintes numériques similaires à leur liberté et à leur dignité.