Pogrom anti-chinois, purge anti-Ouïgours
Les incidents du 5 juillet 2009 à Urumqi commencèrent par une manifestation pacifique d’étudiants ouïgours brutalement réprimée – à un degré à ce jour inconnu, mais suffisant pour pousser d’autres Ouïgours à s’en prendre à des commerçants et passants chinois hans (l’ethnie majoritaire en Chine) sans aucun lien avec les griefs des premiers. 134 des 156 victimes civiles officiellement comptabilisées sont des Hans. Ce pogrom antichinois engendra à son tour des purges anti-Ouïgours, à l’instigation de milices citoyennes survolté es, puis des rafles policières à grande échelle dans les quartiers ouïgours. Elles se poursuivirent pendant des semaines, dans le Xinjiang alors coupé du monde (Internet y sera suspendu dix mois durant). Urumqi, peuplée de Hans à 75 % – le peuple ouïgour, majoritaire au Xinjiang, a pour centre de gravité historique et culturel Kashgar, 1 400 km plus à l’ouest – est toujours meurtrie par ce passé trouble.
Car une foule de questions subsistent, qu’ont soulevé Amnesty international et les ONG de la
diaspora ouïgoure, dans plusieurs rapports sur les événements : la passivité initiale des forces de sécurité, pourtant omniprésentes ; le jeu ambigu des plus hautes autorités de la région autonome – dont le chef du Parti communiste sera ensuite limogé ; la justice expéditive et aveugle qui a suivi. « Si des fonctionnaires ont manqué à leur devoir, c’est au gouvernement de faire toute la lumière et de traduire les responsables en justice. Non seulement cela prouverait que notre pays est un Etat de droit, mais cela aiderait à panser les plaies psychologiques des 10 millions d’Ouïgours et à restaurer leur confiance dans l’Etat », avait plaidé un universitaire ouïgour de Pékin, Ilham Tohti, en juillet 2013, dans une lettre ouverte au gouvernement chinois révélant l’identité de 34 disparus. Ilham Tohti fut ensuite arrêté et condamné à la perpétuité pour « séparatisme ».
« Les autorités voulaient répondre à la colère des résidents »
Depuis son exil américain, le journaliste ouïgour Shohret Hoshur, de RFA, a longuement enquêté sur les disparus d’Urumqi. « Les policiers étaient animés par une soif de vengeance contre les Ouïgours, il y a sans doute eu beaucoup de morts dans les cellules, soit des suites de tortures ou par manque de soins. Les autorités, elles, voulaient répondre à la colère des résidents hans d’Urumqi, furieux contre leur gouvernement », explique-t-il. « Il n’y a pas eu d’intention initiale de faire disparaître des Ouïgours, mais cela a dégénéré, les officiels n’ont pas pu contrôler la situation, aussi bien dans la rue quand dans les prisons. Maintenant, c’est devenu un dossier délicat que la police ait causé des morts. Ils préfèrent ne pas avoir à répondre, gagner du temps. »
Plusieurs indices étayent cette thèse, à travers les déclarations faites par des policiers à M. Hoshur ou à l’intraitable Patigul Ghulam. Le « secret d’Etat » qu’on l’accuse d’avoir révélé à RFA (financée par le Congrès américain) serait sa rencontre avec le chef de la police d’Urumqi en 2011, lors de laquelle l’officiel évoque 300 cas de disparitions. Presque sept ans après le 5 juillet 2009, le Xinjiang est la cible d’une nouvelle campagne de propagande, ayant pour thème « l’unité ethnique ».