
Le Palmarès du 32ème Festival International des Cinéma d’Asie de Vesoul a été proclamé le 3 février, au terme d’un marathon cinématographique d’une semaine. « Riverstone » du Sri Lanka, « Kurak » du Kirghizistan et « Before the Bright Day » de Taïwan ont été consacrés. Les poids lourds du cinéma que sont le Japon, Hong-Kong et la Chine continentale sont absents du palmarès. L’Inde, avec le film « Full plate, » a gagné le prix du public.
« C’est ma première fois à Vesoul, » déclare le cinéaste Wang Bing, président du jury international, et réalisateur de « A l’Ouest des Rails, » un documentaire de plus de 9 heures, unique dans le cinéma chinois indépendant. « Ce Festival a une place unique en Europe pour les cinémas d’Asie. Il est conçu pour les cinéphiles et offre une large sélection de films. Sa programmation est indépendante et de très bonne qualité. Nous avons visionné neuf films qui reflètent chacun leur pays et une culture. Nous avons beaucoup discuté pour attribuer les prix. Pour les juger, je m’attache à leurs qualités, plutôt que d’en critiquer les faiblesses ou les lacunes. »
Le Cyclo d’Or pour « Riverstone », un film du Sri Lanka qui interroge le pouvoir arbitraire de l’État

Le jury international était composé de quatre membres : deux réalisateurs de Chine – Wang Bing – et de France – Joël Frage – aux côtés d’une productrice iranienne – Katayoon Shahabi – et d’une réalisatrice coréenne – Shin Su-won. Il a décerné le Cyclo d’Or au film « Riverstone » de Lalith Rathnayake (Sri Lanka). Ce film a aussi reçu le prix des Amis d’Emile Guimet et une mention spéciale du Jury de la Critique. « Riverstone » est le roadtrip à travers les paysages montagneux du Sri Lanka de trois policiers accompagnant un jeune prisonnier pour une exécution extrajudiciaire. Ce récit révèle la crise que le pouvoir politique fait peser sur la survie des gens ordinaires et interroge une justice injuste et illégale. « Dans notre pays, il est très courant que l’État, qui devrait faire respecter l’état de droit, le bafoue au contraire. Le peuple est resté silencieux face à ces meurtres pendant longtemps, » écrit le réalisateur Lalith Rathnayake dans la présentation de son film projeté en première européenne et pas encore programmé dans les salles française.
« Kurak » et « Before the Bright Day » abordent les sujets de la violence au Kirghizistan et à Taïwan


« Le rôle de NETPAC est de faire connaître les films asiatiques, que ce soit en Europe, en France comme c’est le cas au FICA, mais aussi en Asie, » explique Raman Chawa, président du jury NETPAC qui a plus de trente ans d’expérience dans le secteur du cinéma comme programmateur de festivals. « C’est ma seconde fois au FICA, j’apprécie beaucoup ce festival pour sa qualité et son indépendance. » Ce jury a décerné le Prix NETPAC au film taïwanais, « Before the Bright Day » de Tsao Shih-han qui reçoit le Prix du Jury International. Ce film raconte l’histoire d’un garçon vivant dans la peur de la guerre, grandissant au sein d’une famille violente et confronté à la vie scolaire, aux côtés d’une famille taïwanaise de classe moyenne luttant contre les difficultés économiques. « Nous avons récompensé ce film pour son mélange sophistiqué de fresque historique et de drame familial, naviguant entre crise nationale et développement personnel, avec une approche cinématographique sincère et précise, » conclut Raman Chawa.
Les choix et les coups de cœur du public français
Prix du public et coup de cœur des amis d’Emile Guimet, « Full Plate » est le seul film indien récompensé. Ce film de la réalisatrice Tannishtha Chatterjee met les femmes au centre de la société indienne avec ses différentes conditions, socio-culturelles, religieuses, les contraintes familiales et sociales des femmes musulmanes en Inde. La sororité et la gaieté partagées par les femmes imprègnent ce film grave d’humour de d’espoir, qui n’a pas encore trouvé de distributeur mais qui a séduit le public.
Ce même public a ovationné le documentaire « Li Chevalier, Encre et Âme » de Bernard Louargant diffusé en première mondiale au FICA. Dans ce superbe documentaire, la plasticienne franco-chinoise ouvre la porte de son atelier et les coulisses de sa réflexion au réalisateur Bernard Louargant qui filme le geste créatif de Li Chevalier et son rapport à l’encre.
Tous ces moments de magie, d’émotion, de rires et de larmes sont à retrouver au Musée Guimet de Paris du 4 au 7 mars 2026 qui diffusera l’ensemble des films primés.
Par Mai Tran
