www.brookings.edu, 17 septembre 2015 Les analystes de l’équipe au pouvoir en Chine ont tort de dépeindre le Président Xi Jinping de manière simpliste, figée et réductrice. Avant l’accession de Xi aux plus hautes responsabilités à l’automne 2012, nombre d’analystes à l’étranger décrivaient ce nouveau chef du Parti comme « un dirigeant faible » (Radio Free Asia), » un conciliateur » (Reuters), « un parfait conservateur », « un libéral qui s’ignore » (The Diplomat), voire « le Gorbatchev chinois » (The National Interest). Ils considéraient qu’on ne pouvait s’attendre à de grands changements au cours du premier mandat de Xi car il lui faudrait beaucoup de temps pour consolider son pouvoir. L’actualité des premières années du gouvernement Xi a pris le monde par surprise. Xi s’est avéré être, selon ces mêmes analystes, « le dirigeant chinois le plus solide depuis des années » (Time), celui qui a démantelé le système chinois de direction collective, et celui qui a mis en œuvre des « changements drastiques » (The Diplomat). Son approche de la façon de gouverner est désormais considérée comme conservatrice sur le plan politique et libérale sur le plan économique. Mais une majorité de ces analystes a négligé les politiques paradoxales que ce dirigeant intrigant et complexe a initiées :
- L’objectif premier de la politique économique de Xi, comme l’a démontré la troisième assemblée plénière du 18 ème Comité Central qui s’est tenu à l’automne 2013, est de faire du secteur privé la force motrice de l’économie chinoise, et de bâtir une économie axée sur l’innovation. Cependant, en continuant à faire des fleurons chinois (à savoir les grandes entreprises d’état) sa priorité, en exerçant un contrôle étroit sur Internet, et une discrimination à l’encontre des sociétés informatiques étrangères, il sape la vitalité d’une véritable économie de marché.
- Du fait de son conservatisme politique, basé sur la surveillance idéologique, Xi s’est aliéné les intellectuels libéraux du pays. Mais, en contradiction avec lui-même, il a appelé au développement de groupes de réflexion (composés essentiellement d’intellectuels), et en a fait un objectif stratégique national prioritaire. En outre, la propre équipe économique de Xi compte de nombreux technocrates financiers formés aux États-Unis, et il a incité les dirigeants du Parti à recruter des migrants chinois de retour en Chine formés à l’étranger.
- La gouvernance de Xi se distingue par sa répression musclée à l’encontre de groupes ou d’individus inspirés par les « révolutions de couleur », et par ce que les autorités chinoises qualifient de « conspiration américaine contre la Chine. » C’est manifeste dans le projet de loi sur les ONG étrangères divulgué par le Congrès National du Peuple en début d’année. Mais, curieusement, en juin 2015, le Président Xi a organisé une rencontre, largement médiatisée, avec Aung San Suu Kyi, symbole du mouvement démocratique birman. La femme de Xi, Peng Liyuan, Première dame de Chine, est connue pour son engagement enthousiaste auprès d’ONG étrangères, tout particulièrement la Fondation Bill et Melinda Gates, dans la lutte contre le tabagisme, la prévention du SIDA, et d’autres causes sociales.
- La réussite politique la plus étonnante du gouvernement Xi, réside dans sa campagne large et audacieuse contre la corruption. Rien qu’en 2013, les autorités chinoises ont enquêté sur 182 000 cadres du Parti – le nombre de cas le plus élevé en 30 ans sur une seule année. Jusqu’en septembre 2015, les autorités avaient exclu environ 120 dirigeants accusés de corruption, que ce soit au niveau des ministres adjoints ou à l’échelle provinciale. Mais Xi n’a jamais fait le lien entre une corruption officielle endémique et les failles du système politique chinois. A l’inverse, il affirme que les Chinois devraient avoir confiance dans leur système politique.
- A l’initiative de Xi, la quatrième session plénière du 18ème Comité central du Parti, qui s’est tenue à l’automne 2014, a été consacrée aux réformes juridiques. Ce fut la première session plénière de l’histoire du Parti à se concentrer sur le droit. Xi, plus qu’aucun de ses prédécesseurs, est soucieux de marquer de son empreinte le développement judiciaire du pays. Pourtant, en 2015, les autorités chinoises ont arrêté ou persécuté plusieurs centaines d’avocats des Droits de l’homme et des professionnels du droit, les accusant de « mettre en danger la sécurité nationale » (RFA).
- Dans le domaine des relations extérieures, Xi a eu de fréquentes rencontres avec le Président russe Vladimir Poutine, et a consolidé les relations sino-soviétiques de manière significative. Mais ce qui importe le plus pour Xi, ce sont les relations sino-américaines dont les Chinois espèrent un nouveau type de rapports de force. Xi s’est également contredit en affirmant « L’Asie aux asiatiques » (South China Morning Post) tout en déclarant que « Le Pacifique était assez grand pour englober à la fois la Chine et les États-Unis ». De même, au sujet des tensions dans la péninsule de Corée, Xi a pris parti sans ambiguïté pour sa « sœur coréenne », Park Geun-hye, contre son « petit frère communiste, Kim Jong-un.
