Liberté La chaîne qui étrangle la précieuse vie humaine est la notion erronée qu’il existe une autorité supérieure au-dessus de nous, que ce soit un gouvernement, une nation, des seigneurs féodaux ou des prêtres. En démocratie, les lois ont une valeur universelle en ce qu’elles sont là pour protéger les droits et les libertés de tous les citoyens. Elles sont universelles dans le sens qu’elles s’appliquent également à tous les individus sans aucune forme de discrimination basée sur leur origine ethnique, leur caste ou leur sexe. La démocratie exige que la loi freine les éventuels excès que les citoyens pourraient commettre. Si les lois échouent à servir les droits et les libertés des citoyens, il faut les abandonner. Si les lois servent les intérêts d’une quelconque élite dirigeante ou d’un quelconque parti politique, il faut les enfreindre. Donc, lorsque l’on dit que lois et libertés ne sont pas antinomiques, cela signifie que les lois permettent de garantir la liberté et les droits. Par conséquent, on ne saurait considérer comme justes des lois qui servent les intérêts d’une classe dirigeante particulière, d’un parti politique particulier, ou d’une tradition particulière au détriment de la liberté et des droits des citoyens. En ce qui concerne la liberté politique, tout individu devrait avoir la liberté d’appartenance à une organisation politique, la liberté de vote, la liberté de bénéficier de la même protection juridique. La liberté politique inclue également le droit pour les citoyens de critiquer et de manifester, notamment par la publication d’écrits, contre des gouvernements inefficaces et corrompus, et contre des représentants du gouvernement. Sans ces libertés et sans ces droits, les gouvernements et les représentants des gouvernements n’auraient pas de comptes à rendre et les droits démocratiques des citoyens en seraient ébranlés. En ce qui concerne la liberté spirituelle, chacun devrait être libre de ses convictions religieuses. Cela inclut : la liberté pour les citoyens d’exprimer (ou de ne pas exprimer) leur foi en une religion, et en un prophète ou chef religieux ; la liberté pour les institutions religieuses de défendre leurs idées à travers le pays ; et surtout la liberté pour la communauté religieuse de pratiquer ses rituels et de nommer ses propres chefs et représentants conformément aux principes fondamentaux de sa religion, sans interférence arbitraire des autorités séculaires. La Constitution des régimes tyranniques peut inclure le droit de manifestation, le droit de réunion, de libre expression, et le droit de ‘critiquer les représentants du gouvernement’. Mais de telles déclarations ne sont qu’une façade destinée à manipuler le peuple ou à donner une image positive à la communauté internationale. Ce qui est corroboré par notre expérience des arrestations et de la torture, sous divers prétextes, chaque fois que nous essayons d’exercer ces soi-disant droits. Historiquement, la lutte pour l’égalité des droits et des chances a commencé avec des incidents ‘mineurs’. Aux États-Unis, ce fut le refus de l’Afro-Américaine Rosa Parks, de céder son siège à un blanc le 1er décembre 1955. Pour cet acte de résistance, elle fut emprisonnée pendant quatorze jours, ce qui déclencha le boycott des bus à Montgomery. La Cour suprême américaine finit par déclarer inconstitutionnelle la loi de Montgomery sur les bus ségrégués. De même en 1960, les sit-in de Greensboro démarrés par des étudiants noirs à Greensboro, en Caroline du Nord, ont-ils conduit la chaîne de grands magasins Woolworth à revenir sur sa politique de ségrégation raciale dans le sud des États-Unis. Les Tibétains sont eux-aussi, de nos jours, confrontés à un type de discrimination raciale similaire. Quand des Tibétains se rendent dans des villes chinoises, les Chinois montrent leur mépris en levant les sourcils, en murmurant entre eux et en se couvrant le nez en disant ‘ce sont des minorités’. Il a été relaté nombre d’incidents où des taxis, des hôtels et des magasins refusent de servir des clients portant des vêtements tibétains traditionnels. Ce fléau qu’est le racisme s’est même étendu à des villes tibétaines telles que Lhasa, comme attesté dans les ouvrages de Drong Yonten et les miens. Ces discriminations raciales ne sont-elles pas semblables à celles vécues par les Afro-Américains à l’époque de Martin Luther King? Une telle discrimination raciale ne déclencherait-elle pas une version tibétaine du boycott des bus à Montgomery ou des sit-in à Greensboro? Pour éviter de tels incidents, il faut assurer l’égalité entre les Tibétains et les Chinois plutôt que de voir les Chinois occuper tout le terrain politique et les Tibétains réduits au rôle de simples sujets. L’égalité entre les Tibétains et les Chinois est la meilleure manière d’assurer la stabilité et l’harmonie sociales. Aujourd’hui certains Tibétains déplorent le fait d’être nés Tibétains. Certains autres sont révoltés par de telles lamentations, mais personnellement je compatis car leurs lamentations sont le fruit des épreuves et des souffrances qu’ils endurent en tant que peuple opprimé.
La démocratie et l’état de droit
C’est l’état de droit qui différencie la démocratie de la tyrannie. C’est un des attributs indispensables de la démocratie. La tyrannie substitue le règne du bon-vouloir des hommes à l’état de droit. La démocratie exige que personne, fut-ce un individu ou une organisation, ne soit au-dessus des lois. En démocratie, l’autorité suprême repose entre les mains de la constitution – un ensemble de lois écrites – pas entre celles de quelques puissants ou d’un parti politique en place. En démocratie, tous sont égaux devant la loi : du président le plus puissant au citoyen lambda. En démocratie, la constitution et les lois ne sont pas faites pour servir les intérêts de quelques puissants ou de quelque parti politique ; chaque citoyen a son mot à dire au travers de ses représentants. Dans une démocratie basée sur l’état de droit, il ne peut y avoir aucun parti politique, aucune idéologie, ni aucun leader omnipotent et infaillible. Les citoyens doivent assumer leurs propres responsabilités pour diriger le pays. Ils ne peuvent être menés par le bout du nez par un parti politique tout-puissant, quasi-divin et infaillible. Dans les pays démocratiques, le peuple élit ses dirigeants politiques, y compris son Président et son Premier Ministre. Par le biais de ses représentants élus, le peuple édicte les lois et la constitution de la nation. Le peuple a le pouvoir de destituer les Présidents et les Premiers Ministres ; le peuple peut, dans son propre intérêt, amender les lois et la constitution de la nation. Puisque le peuple fait ses propres lois, il y va de sa responsabilité première de les respecter et de s’y conformer. Les lois sont absolument nécessaires si les êtres humains veulent que leurs droits et leur sécurité soient protégés. Mais rien n’assure que les lois garantissent les droits de l’homme et leur protection. On pourrait par exemple imaginer des lois au service d’un régime tyrannique ; cela est possible en accordant le pouvoir absolu à une communauté religieuse, politique, culturelle ou ethnique particulière. Sous de tels régimes tyranniques, il n’y aura ni égalité ni démocratie dans la mesure où un groupe monopolise le pouvoir tout entier. De tels régimes tyranniques foulant aux pieds les droits de la majorité des citoyens continuent d’exister un peu partout. Nous sommes en quête de démocratie parce que c’est la seule forme de gouvernement, la seule forteresse d’acier qui protège véritablement les droits humains fondamentaux, l’égalité et la justice. C’est seulement en démocratie, système fondé sur l’état de droit, que les citoyens peuvent espérer acquérir ces droits. Les autres formes de gouvernement ne peuvent pas les garantir. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi la démocratie entre tous les systèmes de gouvernance politique. Tous les êtres humains sur cette planète tiennent à la démocratie et à l’état de droit et se battent pour eux. Chacun d’entre eux sait qu’aucun autre système de gouvernance politique ne peut assurer nos droits et nos libertés fondamentales. En bref, la démocratie n’est pas qu’un vœu pieu de l’état de droit. Il devrait y avoir une véritable mise en œuvre de l’état de droit, ce qui revient à traiter tous les citoyens de façon égale quels que soit leur caste, leur classe sociale, leur couleur, leur sexe, leur appartenance ethnique ou politique. Une véritable démocratie permet aux citoyens de participer librement aux affaires de l’état par divers moyens tels que le vote, les pétitions et les organisations sociopolitiques. Les citoyens ont également le droit de critiquer leur gouvernement en organisant des manifestations de masse, et en publiant et diffusant une littérature critique. Puisque la démocratie est chère à l’univers tout entier, tous les régimes politiques se veulent démocratiques. Mais ce que nous cherchons, c’est une authentique démocratie fondée sur un état de droit qui protège l’égalité entre les hommes, ainsi que la liberté. La démocratie comme forme de gouvernance politique s’est d’abord épanouie sur le continent européen et s’est ensuite étendue à l’Amérique du Nord. En fait l’Europe est le seul continent abritant des démocraties. L’Asie et l’Afrique sont loin derrière en la matière. Heureusement, notre continent est de plus en plus éclairé des rayons de la démocratie, un peu comme la lumière proverbiale dispersant les ténèbres. Après le renversement de la dictature militaire en Indonésie en 2010, nous avons vu la chute des dictatures dans des pays du Moyen Orient tels que l’Égypte, la Lybie et le Yémen. Même la Birmanie et le Bhoutan sont maintenant sur la voie des réformes démocratiques. D’autres régimes dictatoriaux sont à présent menacés par des vagues de protestations démocratiques. Ces changements capitaux nous apportent un nouvel espoir et une nouvelle foi. Dans notre propre environnement, nous constatons une montée de la conscience nationale et une aspiration à la démocratie et aux droits de l’homme chez les jeunes. Toute cette évolution pointe la naissance d’un nouvel astre, la démocratie, dans le futur proche. Comme je l’ai écrit dans mon précédent ouvrage, « A une époque où le monde entier chemine vers la démocratie, les régimes dictatoriaux ne peuvent continuer à vivre dans le déni. Eux aussi doivent s’engager sur ce chemin. Le temps qu’il leur faudra dépend du courage et de la détermination du peuple. »Caractéristiques de la démocratie
- En démocratie, le public élit les dirigeants de la nation. Cependant le fait d’élire les dirigeants n’entraîne pas nécessairement une forme de gouvernement véritablement démocratique. Nous pourrions avoir des dictatures dans lesquelles les dirigeants sont élus par des simulacres de vote. Ou nous pourrions avoir des régimes autoritaires élus par un peuple toujours esclave des coutumes et des traditions. Sous de tels régimes, il ne peut y avoir de vraie démocratie puisque le peuple idolâtre littéralement ses dirigeants.
- La deuxième caractéristique d’une démocratie, c’est l’existence d’une assemblée législative. Mais une assemblée législative ne garantit pas une forme de gouvernement véritablement démocratique. Les membres d’une assemblée législative peuvent être au service d’une dictature ; la peur et les opportunités d’enrichissement ou de carrière sont tout à fait à même de les transformer en laquais de la dictature.
- Une autre des caractéristiques indispensables d’une démocratie est qu’elle repose sur une Constitution écrite. Mais il ne suffit pas qu’un pays soit doté d’une Constitution écrite pour en faire une démocratie. Les régimes tyranniques eux aussi rédigent des Constitutions pour impressionner et manipuler l’opinion et la communauté internationale. De tels régimes tyranniques ne mettent pas en pratique ce qu’ils prêchent dans leur Constitution. Ils sont comme les légendaires « bouchers tenant les textes Bouddhique sacrés ».
- Comme Montesquieu le préconisait, il doit y avoir séparation des pouvoirs entre les trois organes du gouvernement : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Cependant ces trois piliers d’un gouvernement ne suffisent pas. Il existe après tout le danger que ces trois organes soient de mèche pour former une dictature. Ou qu’ils vouent littéralement un culte à un dirigeant autoritaire suprême.
- La caractéristique finale, et la plus importante, d’une démocratie est la volonté que le peuple soit souverain. La démocratie nécessite des garde-fous pour les droits et les libertés fondamentaux des citoyens. Cela inclut le droit à la libre expression, le droit de réunion, le droit de publier et de diffuser des écrits, etc.

