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21/03/15 | 14 h 35 min

La Chine se suicide-t-elle par Sécheresse ?

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la carte politique représente la vision chinoise, mais elle est intéressante pour sa mise en évidence des fleuves


 

Comment la Chine détruit ses propres réserves en eau Sulmaan Khan, 18 Juillet 2014 Dans les pâturages du plateau Tibétain, parfois on entend un babillage étrange, une trépidation vrombissante semblant provenir de la terre elle-même. Toute personne qui prend le temps de s’arrêter pour détecter la source de ce bruit remarquera que le sol est criblé de trous desquels pourront être facilement observées de petites et timides créatures. Les labyrinthiques tunnels creusés par ces mammifères, nommés pikas, leur procurent un havre de sécurité. Mais ils fournissent également une protection à la Chine et à une grande partie de l’Asie. En creusant le sol, les pikas permettent aux eaux de pluie de s’infiltrer dans les sols et d’atteindre les nappes phréatiques. Sans l’humble pika¹, l’eau ne ferait simplement que s’écouler à la surface du sol, point de départ d’inondations et de l’érosion des sols. Ce n’est donc pas une coïncidence si, au moment où les pikas, dans le milieu du XXème siècle, devinrent la cible d’une campagne d’empoisonnement orchestrée par l’État, les réserves d’eau à travers le pays commençaient lentement à s’assécher. Le pika était accusé d’être un parasite qui détruisait les pâturages. Les scientifiques ont observé que le pika préfère les hautes herbes et que sa visibilité est un symptôme et non une cause de la dégradation des pâturages. Mais la politique est lente à d’adapter aux découvertes scientifiques. Aujourd’hui la tuerie des pikas continue. Le désastre des pikas illustre les difficultés de la Chine à se confronter avec sa crise de l’eau. Le développement économique dont dépend Pékin pour garder sa population sous contrôle pose une sérieuse menace à un écosystème fragile, un écosystème sur lequel dépendent le pays et le continent pour leurs ressources en eau. De fait, il pourrait paraître politiquement impossible pour la Chine de faire appliquer les réformes environnementales de fond dont elle a besoin. Sur le long terme, pourtant, une absence de changement de politique pourrait conduire la Chine sur le chemin d’un conflit intérieur sérieux, voire d’une guerre civile. L’Ouest Sauvage La plupart des plus importants cours d’eau de Chine (et d’Asie, NdT) proviennent des plateaux tibétains et des chaînes de montagnes environnantes, une zone connue par les universitaires comme le Troisième Pôle² de part ses réserves immenses en glace. Les rivières s’écoulant depuis le Troisième Pôle ( comme le Mékong, le Yangtze ou le Fleuve Jaune ) satisfont traditionnellement les besoins en eau de la Chine. Mais ces eaux, avec d’autre ressources naturelles chinoises, s’évaporent progressivement mais sûrement. Depuis les années 50, 27 000 cours d’eau ont disparus du territoire chinois. La Chine possède seulement 7 % des réserves d’eau potable mondiale pour satisfaire les besoins hydriques des 1/5 de la population mondiale. Parmi ces réserves, seules 23 % se situent dans le nord du pays, un Nord qui abrite pourtant les principales industries et utilise bien plus d’eau que le Sud. Dans le même temps, la plupart des réserves en eau du pays ont été polluées et rendues inutilisables. Ces quinze dernières années, le rapide développement économique de la Chine occidentale a encore haussé la pression sur les réserves hydriques de la Chine. Pékin a soutenu ce développement économique malgré les conséquences écologiques concomitantes et, parce qu’elle croit que la croissance économique est la clé pour calmer les minorités de l’Ouest en ébullition. (si les Kazakhs, les Tibétains et les Ouïghours ont des opportunités de travail en nombre, ils auront moins de chance de se soulever contre le Parti Communiste. CQFD.). Mais le contrôle de Pékin sur les affaires de son territoire occidental est limité. S’il existe des grands projets d’État définis à Pékin et mis en œuvre dans les provinces éloignées : la ligne de train Pékin-Lhassa ou le barrage des Trois Gorges ; récemment, le processus de développement de l’Ouest a été en grande partie autonome : des villes sont sorties de terres sans que le gouvernement central ne s’en rende compte ou seulement sur le tard. Ces villes sont un sous-produit de la monté du chômage dans l’Est du pays, accrue aux lendemains de la crise financière de 2008. Sans travail, même dans les vastes cités telles Beijing, Shanghai et Guangzhou, beaucoup de jeunes chinois ont migré vers l’Ouest dans des villes telles Lanzhou, Xining ou Urumqi (respectivement dans les provinces de Gansu, du Qinghai et du Turkestan oriental, NdT). Quand ces villes sont devenues surpeuplées, ils se sont aventurés sur des territoires qui avaient été jusque là virtuellement vierges. Certains d’entre eux sont partis à la recherche du ver-champignon (appelé Yartsa Gunbu par les Tibétains, NdT), utilisé dans la médecine chinoise comme un aphrodisiaque, ceux qui en trouvent dans l’ouest sauvage peuvent se permettre de vivre dans une petite ville en travaillant seulement quelques semaines par an. D’autres ont cru qu’ils pourraient profiter du nouveau secteur touristique : de riches groupes de la Chine orientale paient des sommes considérables pour voir les pics enneigés du Tibet, même si les infrastructures touristiques construites pour les accueillir contribuent à les enlaidir. Avec ces nouvelles résidences sont arrivées d’hasardeuses infrastructures. Dans la province du Qinghai, le gouvernement fait construire de nouvelles routes pour relier Xining à Yushu. Dans la Région Autonome du Tibet, Pékin a pour projet de relier par le chemin de fer Lhassa à Shigatse, puis de prolonger jusqu’à la frontière népalaise. Ces projets de modernisation sont problématiques car ils sont situés dans des écosystèmes qui abritent les sources des réserves en eau de la Chine. Et la pression de l’urbanisation sur les sources ( à travers une trop grande consommation, une dégradation des pâturages, la pollution et la menace faite aux espèces [animales et végétales]) a déjà des conséquences en aval³. Sur le plateau Tibétain, des lits de rivières sont à sec et des glaciers ont fondu ne laissant qu’un désert de pierre. D’autres cours d’eau chinois seront confrontés à des menaces du même genre. En ce moment même, le Fleuve Perle, dans le Sud (le delta du Fleuve Perle se situe au niveau d’Hong-Kong, NdT), s’assèche. Dans le Nord-Ouest, les projets de constructions avalent littéralement les zones humides qui sont des réserves hydriques pour les nappes phréatiques. En conséquence, ces dernières années les insuffisances en eau sont devenues une plaie et les experts prédisent que la demande en eau excédera les réserves d’ici à 2030. Etant donné le manque de fiabilité des statistiques chinoises et en prenant en compte les rapides mutations des écosystèmes, ce point de rupture pourrait arriver plus tôt que prévu. L’Aveuglement du Grand Timonier Plutôt que de tenter d’économiser l’eau, le gouvernement chinois a soutenu un projet gigantesque inspiré par le premier leader communiste chinois, Mao Zedong : le Sud a de grande quantité d’eau, le Nord n’en a pas tant, en voie de conséquence, les cours d’eau devraient être détournés du Sud vers le Nord, raisonna-t-il en 1952. En 2002, le Parti Communiste initia ce gargantuesque projet à fin de réaliser cette logique : une série de canaux attireront du Sud vers le Nord environ 45 milliards de mètres cube d’eau. Le premier canal, dans l’Est, est déjà ouvert. Deux de plus (dont une route occidentale qui traversera l’Himalaya ) sont en cours de construction. Il est vrai que les ressources en eau sont inégalement réparties, ainsi le Sud abrite 77 % des réserves totales du pays. Parmi le total disponible dans le Nord, 45 % est utilisé tandis que le Sud n’utilise que 20 % de ses réserves. Il est également vrai que la croissance du Nord implique une croissance de ses besoins en eau. Mais le projet de Pékin de détournement des eaux connaît plusieurs problèmes. Premièrement, les risques écologiques sont énormes. Il est fort probable que le projet perturbera l’équilibre des cours d’eau. Il augmentera les carences en eau plutôt que les éviter en accélérant l’érosion des sols et en éliminant les espèces animales et végétales responsables de la santé des eaux fluviales. Le Barrage des Trois Gorges fournit des raisons de respecter certaines précautions quant au fait de taquiner les forces de Dame Nature : des recherches ont démontré que le barrage a provoqué une augmentation de l’activité sismique de la région ainsi que des éboulements et autres glissements de terrain. A l’aval de l’impopulaire projet, les carences en eau pause des problèmes d’irrigation [des champs].**** [caption id="attachment_806" align="alignleft" width="300"]chine_carte_01 carte politique chinoise, le Tibet traditionnel comprend une partie du Qinghai et du Sichuan[/caption] Deuxièmement, et plus important, le projet ne résout rien sur le long terme. Si, dans le nord de la Chine, l’utilisation inefficiente de l’eau continue, les 45 milliards de mètres cubes détournés du Sud seront probablement insuffisants, surtout que les sources des rivières s’assèchent. A mesure que Pékin (qui est au nord du pays, NdT) détourne de plus en plus d’eau, elle s’exposera de plus en plus à une scission politique d’envergure. Durant sa longue histoire, la Chine a souvent connu des scissions Nord/Sud. Déjà, dans la ville de Chongqing (http://www.rfa.org/english/news/china/shortage-07082011121315.html ), [province du] Yunnan, on peut entendre les plaintes s’accumuler : Pourquoi devrions-nous, nous les sudistes, être assoiffés pour que les nordistes puissent s’enrichir ? A mesure que les récoltes du Sud s’amenuisent et que les populations ressentent le fardeau des carences en eau, de telles plaintes ne feront que croître. Plus généralement, Pékin a encore bien des exercices de comparaison à faire avec l’Histoire, d’autant qu’elle suggère que les carences en eau peuvent menacer la sécurité nationale. Les sécheresses persistantes ont ainsi conduit, entre 760 et 930 avant J.-C, à la chute de la civilisation Maya. Plus récemment, au Moyen-Orient et en Asie du Sud, les carences en eau ont provoqué des agitations politiques. La récente résurgence en Chine des protestations liées à l’environnement prouve qu’elle n’en est pas immunisée. (…) Guerre à la Sécheresse Pour éviter une catastrophe écologique et politique, le gouvernement central de la Chine devra amputer ses objectifs économiques. Heureusement, le climat actuel de changement au sein de Pékin suggère qu’elle pourrait être prête à faire un tel compromis. En amont des futurs rencontres sur le changement climatique sous l’égide des Nations Unies qui se tiendront à Paris en 2015, le gouvernement chinois a parlé de commencer une « guerre contre la pollution » et de réduire ses émissions de carbone. Les signes sont nombreux qui montrent qu’au moins quelques membres du Parti Communistes sont sérieux en la matière, des investissement dans les énergies renouvelables***** aux discussions sur les émissions [de carbone] avec les Etats-Unis qui eurent lieu lors du Dialogue Economique et Stratégique (sorte de G2 sino-américain, NdT). Mais diminuer les émissions de carbone sans un plan pour faire face aux problèmes en eau, et d’autres problèmes comme la contamination des sols par les toxines, est vain. Pékin a besoin de développer un plan qui fera face à la totalité de ses malheurs environnementaux… Traduction France Tibet. P.S. : Ensuite, l’auteur de l’article propose des actions aux gouvernements chinois, prodigue des conseils à Xi Jinping et à sa manière de tenir les industries et les barons locaux. Nous ne voyons donc pas le besoin de traduire cette partie. Toutefois, M. Khan nous donne le rendez-vous pour Paris Climat 2015 , la prochaine conférence mondiale sur le changement climatique : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Les-enjeux-de-la-conference-de.html ____________________________________________ * – sur l’importance des pikas : http://www.lesinrocks.com/2015/01/06/actualite/pikachu-symbole-dune-politique-environnementale-desastreuse-en-chine-11544347/ ** – à ce sujet vous pouvez visionner le documentaire « Le Troisième Pôle» de Michel Peissel : https://www.youtube.com/watch?v=MZ9j8yp_MgA *** – Pour élargir : conséquences chez ses voisins de la politique de l’eau de Pékin, étude IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques : http://www.iris-france.org/docs/kfm_docs/docs/2010-06-eau-chine.pdf **** – les risques confirmés liées au barrage des Trois Gorges : http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/05/24/le-colossal-barrage-des-trois-gorges-inquiete-la-chine/ http://www.lalibre.be/actu/belgique/les-degats-collateraux-du-barrage-des-trois-gorges-51b8d69be4b0de6db9c23f9e ***** – The Econosmist rapportait le 10 août 2013 : « La Chine est le plus grand pollueur du monde mais est le plus grand investisseur en énergie renouvelable… » : http://www.economist.com/news/briefing/21583245-china-worlds-worst-polluter-largest-investor-green-energy-its-rise-will-have Bonjour, Comme vous le savez, Paris reçoit cette année les grands de ce monde pour décider des actions à prendre pour atténuer le réchauffement climatique. Une zone très importante pour le monde est en péril, il s’agit du Troisième Pôle, dans lequel s’inscrit le Tibet. Comme dans les autres pôles, la fonte des neiges s’accélère. Sauf qu’ici la main de l’homme accélère aussi les pertes hydriques : trop de barrage, déforestation, pollution, projet minier irrespectueux de l’environnement, campagne d’empoisonnement de la faune. C’est aujourd’hui la Chine qui est seule maîtresse de cette zone fragile essentielle à la survie de millions d’individus en Asie. Et si les manques en eau continuent, c’est le monde entier qui devra gérer l’afflux d’émigrés. L’économie asiatique ne supportera pas la crise à venir. La Chine sait faire de beau discours, mais vu comment elle a elle-même ruiné le marché de l’énergie solaire, on ne peut que constater son peu d’engouement à améliorer quoi que ce soit dans les faits. Bonnes réflexions pour l’avenir Marcelle Roux et France Tibet]]>