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10/02/16 | 8 h 00 min par Kaysang

La tyrannie imposée par la majorité tibétaine.

Il est résolu à l’unanimité que- 1…. Tous les Tibétains, à l’intérieur comme à l’extérieur du Tibet, ont été sollicités, du 2 septembre 1995 au 31 juillet 1997, pour faire des propositions concernant la procédure et les options du référendum. Sur la base de l’écrasante majorité des suggestions reçues, les représentants de l’Assemblée du Peuple Tibétain implorent Sa Sainteté le Dalaï Lama de retirer son appel à un référendum, et font appel à sa sagesse pour décider de temps à autre de l’avenir de la cause tibétaine et des moyens d’y parvenir. » Il n’y a eu aucun référendum. Les gens ont choisi d’abdiquer leur pouvoir politique et de laisser, à la place, leur foi en notre chef spirituel décider de l’avenir politique du Tibet. Il est difficile de ne pas soulever un certain nombre de questions. Qui a été sollicité pour ces « propositions » ? Quel a été la portée du sondage au Tibet même, sachant que la population tibétaine vivant en dehors du Tibet est considérée comme étant inférieure à 5% de la population totale ? A combien de personnes se monte exactement « l’écrasante majorité » ? Qu’en est-il de ceux qui ne souhaitaient pas abandonner Rangzen ? Tout ceci remonte à environ vingt ans. Que dirait de nos jours la « majorité écrasante » ? Combien de jeunes ont été consultés à l’époque ? Qu’en est-il des aspirations de toutes les personnes qui, comme moi, étaient trop jeunes, alors, pour comprendre la politique mais commencent maintenant à prendre d’avantage de responsabilités dans le mouvement ? Que ressent actuellement la « majorité écrasante » au Tibet, tout particulièrement après les évènements qui ont suivi 2008 et les changements considérables de sentiment politique que cela a entraîné au plus profond d’eux-mêmes ? Ce sont là des interrogations auxquelles ceux qui détiennent l’autorité au sein de l’Administration Centrale Tibétaine se doivent d’apporter une réponse. Ces questions revêtent une importance encore plus grande vu l’écrêtement flagrant de la pluralité politique, religieuse et de pensée à l’intérieur de notre communauté. Les partisans de Rangzen sont persécutés au niveau social depuis des années. Une de mes amies indiennes a vu une femme qu’elle ne connaissait même pas lui hurler d’arrêter de mettre son nez dans nos affaires parce qu’elle avait remarqué mon amie à des évènements organisés par des groupes pro- Rangzen. J’ai moi-même été interpelée à de nombreuses reprises par des gens qui me disaient ironiquement : ‘Alors tu dis que tu vas nous rendre notre indépendance’ (‘Tah kherang rangzen lenki yin lapki yoe repa’) simplement parce que j’avais été bénévole à l’association Étudiants pour un Tibet Libre au lycée et à l’université. Ce ne sont peut-être que d’infimes exemples, mais qui ont le pouvoir de vous affecter profondément lorsqu’ils se répètent tous les jours, année après année. Le plus effrayant encore est de s’apercevoir qu’ils sont le résultat des efforts délibérés et concertés des hommes politiques qui se servent du nom de Sa Sainteté et s’efforcent en réalité soit de changer l’opinion publique, en insistant constamment sur les ‘souhaits de Sa Sainteté’ au cours des cérémonies officielles et dans leurs discours, soit de transformer de l’intérieur les organisations pro-Rangzen en exil. Mais Sa Sainteté souhaiterait-elle vraiment voir son nom servir d’arme suprême pour opprimer les tenants de points de vue politiques et religieux différents ? En ce qui me concerne, je n’adhère ni à l’un ni à l’autre. Pour moi, la politique du Umay-lam (la Voie du Milieu) est logique quand on pense pragmatisme dans le maintien des relations diplomatiques, mais les organisations Rangzen jouent un rôle clé en maintenant la vitalité du mouvement tibétain, en réfutant la légitimité de Pékin et, en nous permettant, avec un peu de chance, d’acquérir un jour suffisamment de poids au travers de campagnes fructueuses pour finalement amener les Chinois à la table des négociations. C’est une aide à la politique officielle du gouvernement tibétain qui a échoué à élaborer des plans d’actions pratiques pour à la fois reprendre un peu le dessus dans les processus de dialogue, et à attirer les nombreux jeunes Tibétains vers cette politique officielle fondamentale. Faire le tour des colonies et monter dans des bus uniquement pour endoctriner les étudiants, ça ne peut pas fonctionner. L’appel à Rangzen est forcément vu comme radical et ridicule, et interprété comme allant à l’encontre des principes de non-violence, marque de fabrique du mouvement tibétain. L’ironie réside dans le fait que les militants œuvrant pour Rangzen ont toujours été ceux qui ont activement cherché des solutions à notre problème ; ce sont eux, en fait, qui ont étudié les principes de l’action directe non-violente au travers d’innombrables livres, et les ont mis en pratique en créant un institut (l’Institut Action Tibet), en formant les jeunes à la résistance non-violente (au travers de programmes tel Lhakar, auquel j’ai participé, où personne n’essaie de faire de l’endoctrinement –on n’y parle même pas d’idéologie), en permettant aux individus d’utiliser cette formation pour organiser des campagnes contre le gouvernement chinois, et en donnant les moyens aux Tibétains d’acquérir des compétences dans le domaine de la sécurité numérique. Beaucoup de ceux haut placés utilisent la non-violence dans le seul but de ne rien faire de concret lorsqu’il s’agit de faire avancer le mouvement et de l’empêcher de péricliter. Il semblerait que, pour eux, non-violence soit synonyme de non-action. Nous sommes des réfugiés politiques, un peuple dont le pays meurt, étranglé par la Chine. Il ne suffit pas que l’Administration Centrale Tibétaine s’occupe des exilés ; elle doit aussi commencer par chercher des façons de se donner la possibilité de négocier au niveau politique et d’impliquer activement les jeunes. Enfin et surtout, je vois l’énorme potentiel de notre mouvement à se développer si nous pouvions –aussi impossible que cela me semble à l’heure actuelle- nous souvenir que les moins de 5% de la population pris dans une lutte idéologique ne servent pas vraiment notre but ultime : l’allègement des souffrances des Tibétains du Tibet qui mènent une vie que nous pouvons à peine imaginer. Je crois qu’on obtiendrait des résultats formidables si le gouvernement tibétain parvenait à oublier sa peur de contrarier les Chinois et à trouver un moyen de travailler avec les organisations pro-Rangzen sur des campagnes conjointes à plus grande échelle. Il est fort probable que ces points de vue reflètent ma tendance à tout voir de manière positive dans la vie, certains pourraient même y voir de la naïveté. Après tout, je ne suis pas une experte en politique. Mais une chose dont je suis sûre, c’est que notre société est à tel point polarisée par des politiciens calculateurs et des protecteurs autoproclamés du bien commun du peuple tibétain au nom du ‘respect des souhaits du Dalaï Lama’ et de ‘l’unité,’ que je redoute même d’oser plaider pour plus de tolérance dans notre communauté de peur d’être cataloguée, en plus, comme radicale, ce qui s’est d’ailleurs déjà produit (on a parlé de moi plusieurs fois, ‘pour plaisanter’, comme de ‘l’aptuk’ de Lukar Jam). Les partisans d’Umay-lam passent, il me semble, complètement à côté de son concept de base, la voie du milieu, et les défenseurs de Rangzen sont quant à eux convaincus qu’il n’y a pas d’autre solution que la leur. Les deux camps ont pourtant l’air d’oublier que dans le mille-feuille si complexe de ce débat idéologique, aucun ne triomphera de l’autre dans un avenir proche. * Note: Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur. Traduction France Tibet]]>

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