Une histoire de tensions communes En 1949, quand le Parti Nationaliste au pouvoir bat en retraite devant les troupes du Parti communiste chinois (PCC), il trouve refuge à Taïwan. La guerre civile, qui avait duré trois ans, s’achève donc sur le règne absolu du PCC en Chine continentale. Taïwan, de son côté, devient une démocratie, avec sa propre monnaie, son propre gouvernement. Depuis ce temps, les officiels chinois n’ont cessé de considé- rer l’île comme une province dissidente, répétant à qui veut l’entendre qu’ils « déclareraient la guerre » à Taïwan dès l’instant où son gouvernement oserait clamer publiquement son indépendance. Aux yeux de la Chine, Taïwan n’a pas de drapeau et n’est pas une nation ; ainsi, le pays n’a jamais été cité en tant que tel par le reste du monde. Pékin maintient à ce jour une forte pression pour que Taïwan ne mette jamais les pieds au Conseil des Nations Unies ou dans les autres organismes internationaux. Sur ce point, le dirigeant Ma Ying-jeou a fait savoir que les ONG et la société taïwanaise dans son ensemble espéreraient pouvoir jouer un rôle sur la scène internationale. Xi Jinping aurait assuré accompagner cette volonté au « cas par cas ». Zhang Zhijun, ministre chinois des Affaires taïwanaises, a pour sa part nuancé la réponse, soulevant qu’il n’était pas possible de laisser Taïwan libre de prendre des décisions qui pourrait « diviser le pays (la Chine) » sur la scène politique internationale. L’indépendance, « chemin diabolique » En août de cette année, les médias d’État chinois ont diffusé des images d’une simulation d’attaque eff ectuée par des soldats de l’« Armée de Libération du Peuple ». On y voyait un camp d’entraînement en Mongolie avec des bâtiments ressemblant à s’y méprendre aux diff érents ministères, aéroports ou bâtiments clés de Taïwan. Sur ce terrain, soldats, hélicoptères et véhicules étaient formés à des tactiques de prises d’assaut. « L’impact est très mauvais. Peu importe comment ils justifieront cela, ces images ont heurtés la sensibilité des Taïwanais », a aussitôt répondu Hung Hsiu-chu, candidate du parti KMT de Taïwan. Les autorités chinoises ne semblent pas vouloir dévier d’un iota de leur politique d’intimidation. À cette heure, les lances missiles côtiers chinois sont toujours pointés sur l’île. Le ministre chinois des Aff aires taïwanaises a réaffi rmé le 6 août dernier que les relations des deux pays pourraient continuer dans un développement pacifi que… à moins que celles-ci ne « se détournent de l’histoire, dans le cas où Taïwan en viendrait à choisir le chemin diabolique de l’indé- pendance ». L’usage de la subversion « La situation entre la Chine et Taïwan rappelle celle de la Corée du Nord et la Corée du Sud », analyse Chris Chappel, reporter de China Uncensored sur NTD (la chaîne de télévision NTD), « à ceci près que le tourisme chinois dans l’île est très développé et encouragé par les autorités chinoises ». De quoi rapprocher les deux pays. Comment expliquer alors les menaces récentes chinoises, alors que leur président prône la « coopération » ? Certains analystes y voient un jeu politique. Il semble peu probable qu’une intervention militaire chinoise à Taïwan soit envisagée, en raison du fort soutien de l’armée américaine. La raison est ailleurs : les élections ont lieu en 2016 et le parti démocratique PPT, qui prône l’indépendance totale vis-à-vis de la Chine, l’emporte pour l’instant sur le KMT. Il s’agit de donner le signal aux Taïwanais de ne pas trop chercher l’indépendance. En coulisses, la Chine pourrait avoir d’autres plans. « La tactique de subversion est la meilleure option », appuie Chris Chappel. Rendre Taïwan dépendant de l’argent chinois serait une façon de garder la main sur le développement économique, « jusqu’à ce que Taïwan ne puisse plus se passer de la Chine ». Une stratégie déployée depuis longtemps à Hong Kong, où tous les organes du pouvoir sont infiltrés par le Parti communiste chinois – les Taïwanais ont d’ailleurs suivi de près les émeutes de l’année dernière. Selon cette perspective, de nouveaux accords commerciaux Chine/Taïwan seraient une double opportunité pour les autorités chinoises d’arriver à leur fi n. David Vives Aux yeux de la Chine communiste, Taïwan n’a pas de drapeau et ne sera jamais une]]>

