“Ma fille adorée a été assassinée et au lieu de rendre justice à une innocente, le gouvernement en a envoyé d’autres en prison.” Golog Jigme réalisateur et ancien prisonnier politique maintenant exilé en Suisse, voit dans l’incident de Chalong la symptomatique de l’instabilité du Tibet : »Ce n’est pas le Dalaï Lama ou des étrangers qui cherchent à créer des problèmes, les problèmes viennent vraiment de la situation sociale”. Le soir du 4 Octobre la jeune fille avait reçu un appel de son petit copain le moine qui lui disait qu’il se sentait malade et qu’il voulait qu’elle le rejoigne. Son père l’avait ensuite conduite et laissée en compagnie du moine en train de boire et des deux policiers. Bien que l’autopsie conclut à un suicide, les habitant sont sceptiques. Certains disent avoir vu des bleus sur son corps et un docteur aurait rapporté une plaie à la tête ainsi que son cou brisé. Ils disent aussi que ses vêtements semblaient avoir été remis post mortem. Le moine, ayant pour réputation d’être un homme à femmes, a depuis disparu. Le rapport officiel affirme que les deux policiers ne peuvent être mêlés à l’affaire puisqu’ils étaient en service au moment des faits, mais les villageois insistent qu’ils étaient bien en train de boire avec le moine et suspectent qu’ils ont été couverts par leurs supérieurs. Au lieu d’enquêter la police a appelé l’armée. Alors qu’ils arrêtaient les suspects, les soldats ont saccagé les maisons des parents, « ils ont tout cassé et éventré les sacs de riz et de beurre », a déclaré un parent. « Nous n’avions vu ce genre de brutalité que dans les documentaires télévisés sur l’occupation japonaises. » Les autorités ont confisqué les photos de Tsering Tso – vérifiant même les téléphones mobiles. Un membre de la famille a montré les cicatrices d’un passage à tabac sur sa tête. Libéré des semaines après, il avait été averti par les autorités de ne pas parler à personne, mais il refuse de se taire. Il dit qu’un autre parent marche en boitant après avoir été battu; un troisième, un moine bouddhiste, a été battu si fort sur la tête qu’il saignait d’une oreille et n’arrive plus à marcher aujourd’hui. Les membres de la famille qui travaillaient pour le gouvernement ont perdu leur emploi. La déclaration officiel de la police se contente de dire que 44 personnes ont été invitées à comparaître. De nombreux Tibétains ont trop peur de dénoncer publiquement ces injustices, mais les communautés autour de Chalong ce sont réunis pour écrire une lettre ouverte sur l’incident. La lettre, d’abord obtenu par Golog Jigme, a été écrite au nom de 700 habitants dans 13 communautés de la région. Cette lettre commence ainsi: « Ces jours-ci le parti communiste chinois déclarent fièrement qu’ils construisent un Tibet parfait à quel point les tibétains sont libres et heureux en Chine, mais nous n’avons maintenant pas d’autre choix que de montrer au monde un exemple concret de la réalité, des souffrances endurées par le peuple des trois régions du Tibet sous l’oppression chinoise. » La lettre se poursuit en expliquant comment les responsables locaux du Parti utilisent la force pour intimider les habitants et se termine par un appel au président chinois d’enquêter et de réparer les injustices. La campagne internationale pour le Tibet pense que l’incident révèle l’ampleur de l’impunité des fonctionnaires et de la police au Tibet, et le fait qu’il ait fallu si longtemps pour que l’information parvienne au monde extérieur montre à quel point la circulation de l’information est limitée. L’organisation Free Tibet dit qu’il « illustre clairement non seulement la brutalité de la vie sous l’occupation chinoise mais aussi sa nature arbitraire et illogique. » Traduit par Maxime Belhache pour France Tibet]]>

