MICHAEL BERRY Non loin d’où j’habite à Goleta en Californie, se trouve un berger qui a installé une clôture électrique portable pour que son troupeau puisse paître le long des falaises qui surplombent le Pacifique. Au fil des ans, je suis régulièrement passé à côté des moutons lors de mes promenades, et je n’en ai jamais vu un s’approcher à plus d’1m50 de cette clôture électrique. La censure en Chine, c’est comme une clôture électrique, et après quelques décharges, la plupart s’abstiendront de s’approcher d’elle; peut-être même, dans de nombreux cas, arrêteront-ils de la voir pour ce qu’elle est vraiment.
MICHAEL BERRY
J’irais jusqu’à dire que, pour ce qui est de la censure en Chine, le véritable problème, c’est en fait l’autocensure. La ligne rouge dictant ce qui est autorisé est parfois vague et souvent changeante. Mais après avoir subi différentes formes de censure pendant plusieurs décennies, pratiquement tous les intellectuels, universitaires et écrivains ont appris à juger où se trouvait la clôture électrique et à respecter « les règles du jeu ». Non seulement cela, mais beaucoup ont intériorisé les règles à un point tel que la majeure partie de la censure a lieu avant même qu’ils commencent à écrire. La notion- d’autocensure est en partie le résultat des règles en place (règles qui peuvent être en même temps invisibles et avoir des répercussions tangibles), mais l’autocensure est aussi profondément liée à l’attitude du « tais-toi et ne prends pas de risques » (mingzhe baoshen).
- Cette philosophie a prévalu chez des générations de chinois qui ont vu en première ligne les conséquences du « dire ce que l’on pense » depuis le Mouvement contre les Opportunistes de Droite en passant par la Révolution Culturelle, et même encore maintenant.
- Sans oublier l’impact de plusieurs générations de parents ayant grandi avec la philosophie mingzhe baoshen et qui, par habitude ou précaution, l’ont transmise à leurs enfants, même pendant les périodes de stabilité et de libéralisme relatifs.

