Histoire de l’empire colonial chinois – Du XVIIe siècle à nos jours
« Au Tibet, au Turkestan ou en Mongolie, la Chine est aussi impérialiste que les Anglais l’ont été en Inde ou les Français en Indochine ». A rebours des récits officiels et d’une historiographie largement alignée sur la position de Pékin, cette enquête historique développe une thèse radicalement nouvelle : et si nous considérions le Tibet, le Turkestan oriental (Xinjiang) et la Mongolie-Intérieure non comme de simples régions de minorités ethniques au sein d’un Etat pluriethnique, mais comme des territoires conquis, soumis, intégrés, puis administrés selon des logiques de domination militaire, politique et culturelle au sein d’un véritable empire colonial chinois ? Quelles sont les ambitions actuelles de la Chine dans le monde ? Les « nouvelles routes de la soie » déployées en Asie, dans l’océan Indien et même en Afrique ne seraient-elles pas la reconduction, sous une forme à peine différente, d’une logique impériale et coloniale, semblable à celle des puissances européennes au XIXe siècle ? Un livre essentiel pour voir la Chine autrement.
Livre : « Histoire de l’empire colonial chinois du XVIIe siècle à nos jours » de François Joyaux
de Pierre Antoine DONNET Asialyst du 26 août 2026
Bien rares ont été les sinologues dans le monde à oser utiliser le terme de « colonialiste » pour caractériser cette Chine qui a, entre autres, colonisé le Tibet, l’ancien Turkestan oriental devenu « Xinjiang » (Nouvelle frontière) et la Mongolie. Dans un livre magistral intitulé Histoire de l’empire colonial chinoise du XVIIe siècle à nos jours, l’historien et orientaliste François Joyaux fait œuvre de salubrité historique puisqu’il est l’un des très rares experts à identifier la puissance expansionniste de la Chine comme la construction d’un empire colonial.
« Au Tibet, au Turkestan ou en Mongolie, la Chine est aussi impérialiste que les Anglais l’ont été en Inde ou les Français en Indochine, » écrit François Joyaux dans un long prologue à cet ouvrage de 383 pages d’une richesse unique sur le parcours colonialiste d’une Chine qui, pour mieux séduire, aime à se présenter aujourd’hui sous les traits d’une puissance respectable éprise de paix et de stabilité. « Comment expliquer autrement que par son expansion impérialiste le fait que la Chine ait doublé sa superficie sous la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911), à la période même où, aux portes de la Chine, d’autres grands empires coloniaux, anglais, français ou russe, se constituaient également ? […] Force est d’admettre qu’au sein de l’histoire coloniale mondiale, existe bien une histoire coloniale chinoise, » souligne-t-il. Les dernières lignes de son prologue résument cette somme majeure de recherches historiques qu’est ce livre : « La République populaire de Chine, dans sa configuration contemporaine, n’est pas le résultat d’un processus de construction étatique (state building) ou nationale (nation building), mais bien d’une politique coloniale, lancée du temps de la dynastie mandchoue (1644-1911). Il existe un empire colonial chinois tout comme a existé un empire colonial français. »
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