De passage à Paris, Teng Biao a accepté de répondre aux questions d’Asialyst. Pour lui, la dictature exercée par Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir en 2012 a plongé la Chine dans un hiver politique dans lequel les Chinois sont soumis à un lavage de cerveau permanent qui dépasse de loin l’univers de surveillance totale qu’avait prédit George Orwell dans son roman 1984. L’objectif étant de faire dès l’enfance des citoyens serviles entièrement inféodés au Parti communiste chinois, des « hommes nouveaux » quelque peu à l’image de ceux que souhaitait à l’époque créer le tyran Mao Zedong.
Entretien avec Teng Biao
Teng Biao (滕彪), 52 ans, est un avocat et juriste chinois défenseur des droits humains dans la mouvance du « wéiquán yùndòng » (维权运动), littéralement « mouvement des avocats aux pieds nus, » qui furent des défenseurs des droits civiques en Chine dans les années 90 et 2000. Proche de Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix et mort en prison en 2017, il fut en 2003 l’un des fondateurs de Open Constitution Initiative (gōngméng tuījiàn 公盟推荐), une ONG d’avocats et d’universitaires chinois qui militait pour le respect des protections de l’État de droit et de la Constitution ainsi qu’un infatigable militant des droits humains, se portant au secours des laissés pour compte. Avocat en 2006 de Chen Guangcheng, condamné à quatre ans de prison pour avoir porté une assistance juridique aux femmes victimes de stérilisation ou d’avortements forcés, il reçoit en 2007 le prix des Droits de l’homme de la République française. Signataire avec 302 autres intellectuels chinois de la Charte 08 (零八宪章), manifeste publié le 10 décembre 2008 pour promouvoir la réforme politique en Chine inspirée de la Charte 77 du mouvement démocratique en Tchécoslovaquie piloté à l’époque par Vaclav Havel, il cosigne en 2008 un appel demandant au gouvernement d’infléchir sa politique répressive au Tibet et soutenant l’appel à la paix du Dalaï-Lama. En octobre 2010, Teng Biao annonce l’arrestation de quatorze militants chinois, dont l’avocat Xu Zhiyong, alors qu’ils s’étaient retrouvés dans un restaurant à l’heure de l’annonce du prix Nobel de la paix attribué à Liu Xiaobo. Teng Biao est lui-même arrêté le 19 février 2011 puis détenu dans un lieu inconnu. Il est libéré le 29 avril. Harcelé par les autorités de son pays, il dissout China Against the Death Penalty, une ONG qu’il avait fondée, et s’exile aux États-Unis en 2014. Il vit actuellement à Washington et travaille en lien avec plusieurs grandes universités américaines. Militant de l’abolition de la peine de mort, rédacteur-en-chef adjoint du China Journal of Democracy (中国民主季刊), un trimestriel en anglais et en chinois publié aux États-Unis, il est membre de multiples organisations de défense des droits humains aux États-Unis.

Du fait de votre profession d’avocat et juriste, vous avez une longue expérience de la société chinoise. Qu’est ce qui, selon vous, a changé depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping à l’automne 2012 dans le domaine des droits humains ?

