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30/09/23 | 19 h 21 min par équipe RFA / traduction France Tibet

Se rappeler des Victimes des Disparitions Forcées

montage RFA

Tibétains, Ouïghours et Birmans font partis des nombreuses victimes des disparitions forcées en Asie.

Qu’ont en commun un expert laossien du développement rural récompensé par un prix, deux sœurs tibétaines, une anthropologiste ouïghoure et un moine birman ? Ils sont tous victimes de disparition forcée, emportés contre leur gré, sans que nous sachions où ils se trouvent.

Les Nations-Unies et les associations ont marqué, le 30 août, le jour international des victimes des disparitions forcée. Elles appellent à mettre fin à l’impunité des gouvernements et des acteurs non gouvernementaux qui ont fait disparaître des centaines de milliers de personnes dans les conflits et la répression de 85 pays.

« La disparition forcée est une sérieuse violation des droits humains qui a été fréquemment utilisée pour répandre la terreur, ont déclaré les Nations-Unis » Le 30 août marque l’adoption en 2006 de la Convention Internationale pour la Protection de Toutes les Personnes face à la Disparition Forcée.

« Le sentiment d’insécurité généré par ces pratiques ne se limite pas aux proches du disparu, mais affecte également leur communauté et la société dans sont ensemble. »

Dans la lutte contre les disparitions forcées en 2023, des inquiétudes particulières prévalent pour le harcèlement des défenseurs des droits, des familles des victimes, des témoins et des conseillers légaux et pour l’utilisation des activités de contre-terrorisme comme excuse à la violation et l’impunité des coupables.

Le harcèlement, les accusations bancales de terrorisme et l’impunité cités par l’ONU sont des thèmes récurrents des articles de Radio Free Asia sur les disparitions forcées en Chine, au Tibet et au Xinjiang, ainsi que dans le Sud-Est asiatique.

Il est à noter que la Chine a été condamnée au niveau international pour son programme d’internement de masse dans lequel 1,8 million d’Ouïghours, de Kazakhs et autres peuples principalement musulmans ont été envoyé dans des camps de rééducation. Le Haut Commissariat pour les Droits Humains de l’ONU a découvert que les prisonniers faisaient face à des faits de torture, de refus de soin et d’autres abus.

Les Tibétains parlent de 60 prisonniers politiques disparus sur cinq ans, nombre d’entre eux éloignés de leur famille pendant des procès tenus au secret lors des condamnations.

Ci-dessous, suivent les profiles de différentes victimes de disparitions forcées :


Zumkar et Youdon

Zumkar and Youdon. Credit: Tibet Times

La Tibétaine Zumkar et sa jeune sœur Youdon ont été arrêtées cet été lors de la répression chinoise autour de l’anniversaire du Dalaï Lama, le 6 juillet 2023.

Zumkar a été arrêtée le 23 juin, sur découverte par la police d’une photo du Dalaï Lama sur un autel, dans le logement des deux sœurs. Personne ne sait où elle se trouve.

Youdon a été arrêtée le même jour dans sa ville natale, dans le comté de l’Amdo, région de Nagchu. La police l’accuse de collusion avec sa sœur par le biais de la photo interdite. Elle serait détenue dans la capitale régionale, sans plus de détail.


Sombath Somphone

Sombath Somphone. Credit: Chareunsouk/RFA

Le 15 décembre 2012, l’activiste et expert du développement rural laossien, Sombath Somphone, s’est vu sa jeep arrêté sur un checkpoint à l’extérieure de la capitale nationale. Il a été emmené manu militari dans un camion blanc.

Depuis personne ne l’a vu, ni n’a entendu parler de lui.

Bien que la police aie promis d’enquêter sur sa disparition non loin de caméras. Les autorités n’ont entrepris aucune analyse crédible des enregistrements. Elles ont également refusé une aide extérieure.

Le gouvernement laossien est resté muet sur le dossier de Sombath, 60 ans au moment des faits, qui s’était opposé aux importantes ventes foncières sous négociations d’État qui ont expropriées des milliers de villageois avec de trop faibles compensations.


The Venerable Thawbita  (Alinka Kyal)

Vénérable Thawbita (Alinka Kyal). Credit: RFA

Le moine bouddhiste Thawbita était l’une des figures connues arrêtées le premier février 2021, le jour du coup d’État militaire du Myanmar (14 500 arrestations et 2000 morts , NdT).

Thawbita, de son nom de plume Alinka Kyal, défendait les droits du peuple, l’état de droit au Myanmar, et a ouvertement critiqué le pouvoir militaire depuis le coup d’état.

Il a été condamné à quatre ans de prison, dont deux ans pour diffamation du commandant en chef Min Aung Hlaing, meneur du coup d’État. Bien qu’il devait être libéré de la prison d’Obo le 20 juin, ni sa famille, ni son monastère n’ont de nouvelles. Citant une source au sein de la prison, un média local parle d’un transfert de la prison le palace de Mandalay, au lieu d’interrogatoires tristement célèbre.


Rahile Dawut

Hommage Youtube (cf ci-dessous )

Rahile Dawut est une universitaire distinguée du folklore ouïghour et de la géographie des mausolées soufis ouïghours. Elle a écrit une douzaine d’articles dans des revues internationales et plusieurs livres, dont une étude sur les sites sacrés musulmans de l’Asie Centrale, et a présenté son travail dans des conférences à travers le monde.

Elle a disparu le 17 décembre 2017. A cette époque, on la pensait arrêtée et détenue dans l’un des nombreux camps d’internement du Xinjiang. Plus de trois ans après sa disparition, d’anciens collaborateurs de l’université du Xinjiang, où Rahile avait créé et dirigé le Centre de Recherche sur le Folkore des Minorités, ont confirmé qu’elle était détenu avec d’autres membres de l’élite intellectuell et culturelle ouïghoure.

 

Lhundrup Dragpa

Lhundrup Dragpa. Credit: photo envoyée à RFA

Le chanteur Lhundrup Dragpa était en garde à vue le 19 mai dans le poste de police de la ville de Nagchu, comté de Driru. Il a avait été arrêté en rapport avec une chanson critique envers la politique chinoise dans la région.

Dragpa a été privé d’accès à un avocat pendant sa détention et, en juin 2020, condamné à 6 ans de prison sans spécification de charges. Depuis, personne ne sait où il se trouve.

Go Sherab Gyatso 

Go Sherab Gyatso. Credit: RFA

Go Sherab Gyatso, moine bouddhiste de 46 ans au monastère de Kirti, préfecture autonome de Ngaba, province du Sichuan. Le 26 octobre 2020, il a été emmené en garde à vue à Chengdu, sur des accusations inconnues par des agents de la sécurité d’État. L’écrivain et professeur connu pour sa loyauté envers le Dalaï Lama purge une peine de 10 ans de prison, mais personne ne sait où il se trouve.


Qurban Mamut

Qurban Mamut. Credit: RFA

Qurban Mamut, ancien directeur en chef du journal Civilisation Xinjiang, a disparu en 2017, plusieurs mois après son retour des Etats-Unis avec sa femme.

Les autorités chinoises ont gardé l’emprisonnement et la condamnation de Mamut secrets pendant 15 ans, pour la plus grande angoisse de la famille, jusqu’à ce que l’une de ses filles puisse confirmer qu’il était vivant et servait une peine de 15 ans.

En avril 2022, les reporters ouïghours de RFA ont pu confirmer la peine de 15 ans pour crimes politiques auprès de la police d’Aksu, la ville natale de Mamut. Toutefois, les autorités ne veulent dire où il est incarcéré et la famille reste incertaine de son état de santé et de sa localisation.

Pour aller plus loin dans le dossier :

Liberation : Disparitions Forcées en Chine, un système rodé et institutionnalisé, par Teng Biao

Dossier France Tibet :   – « La république populaire des disparus » par Michael Caster + reportage France 24