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22/04/21 | 9 h 47 min par France-Tibet

TOULOUSE : « Voyage au bout de l’enfer chinois » conférences par Harry WU, ancien prisonnier, du 13 au 18 mars 1995 ; Piqûre de rappel N°4

Harry Wu fait visiter le Laogai Museum de la Laogai Research Foundation au dalaï-lama en octobre 2009.

 

  Précédentes piqûres de rappels :

N°1 du 13 août 2020 : 13 août 1942 … 13 août 2020…un certain jeudi 13 août 1942  

N° 2 du 30 octobre 2020 : 01 octobre 1949 … 01 octobre 2020… la barbarie perdure 

N° 3 du 9 octobre 2020 : 09 octobre 2010 – 09 octobre 2020 : LIU XIAOBO Prix Nobel de la Paix est assassiné dans une prison chinoise 

La Croix du Midi publiait le 21 avril 1995 un article de presse intitulé « Voyage au bout de l’enfer chinois » relatant l’enfer concentrationnaire des camps de rééducation en Chine, les tristements célèbres laogaïs.

Harry WU, Président de la Laogaï Reasearch Foundation,  ancien prisonnier de ces camps pendant 19 ans, était présent à Toulouse.  Invité d’associations toulousaines de défense des Droits de l’homme il témoignait tant à Toulouse qu’à Bégles ainsi qu’à Paris à la fondation France-Liberté durant la semaine du 13 au 18 mars 1995.

En Chine, très longtemps « secret d’Etat  » , toute divulgation du système Laogaï était passible de la peine de mort, comme nous l’avait révélé Harry WU et comme il avait pu aussi nous le révéler trois mois après sa venue à Toulouse.

En effet, en juin 1995,  accompagné d’une correspondante de presse d’un grand quotidien américain, Harry Wu retourna en Chine pour une troisième fois, « en homme d’affaires  » , souhaitant poursuivre son enquête sur le système concentrationnaire du travail forcé et de ses exportations. Harry WU, fut arrêté à la frontière du Xinjiang, région peu connue à l’ époque mais maintenant très souvent et tristement évoquée pour ces camps d’internement où plus d’un million de Ouïghours sont détenus. Jugé et condamné à mort pour divulgation de « secret d’état  » par une justice expéditive alors qu’il était citoyen américain, il n’eut la vie sauve que grâce l’intervention spontanée d’une campagne internationale demandant sa libération soutenue par de nombreux chefs d’état et personnalités, de Margaret Thatcher à Danielle Mitterrand rejoints par de nombreux acteurs de la société civile et associations.

Le Congrès Mondial des Femmes qui devait se tenir en septembre de la même année à Pékin, en présence d’Hilary Clinton, risquait d’être purement et simplement boycotté, si ce citoyen américain n’était pas libéré, ce qui fut fait.

Radio Présence de Toulouse l’avait interviewé le 14 mars 1995. Nous vous proposerons d’écouter son terrible témoignage dans une prochaine Piqûre de rappel.

Nous sommes en 2021 et rien n’a changé.

En 1995, le PCC nommait  le système de rééducation « travail et réforme  » ,

En 2020, le même PCC l’a remplacé par « réforme et travail »

Le Parti Communiste Chinois interdit de parler du passé et surtout des camps de rééducation. C’est pourquoi au travers de cette piqûre de rappel N°4 nous vous proposons de vous faire redécouvrir ce que Monsieur Harry WU ne voulait surtout pas que le monde oublie.

Une exposition avait été présentée au Congrès des Etats-Unis d’Amérique en 1994, nous vous en présentons ci-dessous quelques extraits.


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Dr TENZIN CHOEDRAK 17 ans de Laogaï : Medecin chef du Dalaï Lama, leader spirituel du Tibet.

En 1972, Dr Choedrak est resté en prison pendant 13 ans avant d’être finalement jugé selon le code pénal adopté 4 ans auparavant. Il a été condamné à 17 ans de prison du fait de son appartenance à la classe bourgeoise intellectuelle, associée au précédent gouvernement tibétain défini comme pire ennemi du régime chinois.

Il a d’abord été arrêté en 1959 et emmené au camp de Langzhou, dans la province de Gansu; 3 ans d’interrogation quotidienne et de durs travaux. Dr Choedrak a été l’un des rares survivants des 3 années de famine en Chine. Il a été renvoyé au Tibet pour être endoctriné pendant 3 ans dans une cellule de 16 pieds sur 13 avec 13 autres prisonniers. La cellule hermétiquement fermée, avec quelques trous, chacun de la taille de deux briques, afin de laisser pénétrer l’air et la lumière.

Il y avait 7 à 8000 prisonniers politiques au camp de rééducation de Drapchi, presque 1/5ème de la population tibétaine de Lhassa. La plupart d’entre eux étaient presque tous morts de faim. Dr Choadrak perdit ses dents et une partie de la vue.

Il purgea sa peine pendant les 10 années qui suivirent dans les autres camps du laogaï dans la vallée du Lhassan en burinant 90 blocs de 12 pouces par 8 par jour du rocher de la montagne. Dr C. s’est adapté à ce nouveau régime et a pratiqué silencieusement sa religion et, graduellement, son état de santé s’est amélioré en travaillant au grand air.

Il fut retenu en prison comme  »  travailleur libre  »  après qu’il eut purgé sa peine. Enfin, il fut autorisé à pratiquer la médecine tibétaine dans l’hôpital local et le titre de  »  professeur principal de médecine tibétaine  » lui fut donné même s’il était toujours officiellement classé comme un   » ennemi du peuple  »  . Sa prospérité se fit grâce à l’opportunité d’avoir soigné et guéri plusieurs hauts responsables chinois, incluant un docteur de prison chinoise.

Au cours d’une session restée célèbre du Tribunal permanent des Peuples en 1992 à Strasbourg, Tenzin Choedrak a témoigné sur les tortures, la détention et l’absence la liberté d’expression au Tibet sous contrôle de la Chine.

Au mois d’avril 1995, il a aussi témoigné devant le sous-comité sur les opérations internationales et les droits de l’homme de la Commission des relations internationales du Congrès américain où il a relaté une partie de ce qu’il a vécu.

À Dharamsala, le Dr. Tenzin Choedrak assura les fonctions de médecin chef, médecin personnel du Dalaï Lama, et conseiller de l’Institut de médecine tibétaine, et visita à plusieurs reprises la France, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, l’Autriche, la Russie, la Mongolie, le Japon, le Mexique, les États-Unis, des pays de l’Asie du Sud, pour donner des consultations et des conférences.

Révérend Père CAI ZHONG XIAN 33 ans de laogaï : Né en 1907, Prêtre catholique.

Père Cai fut ordonné en 1940. Il fut arrêté comme contre révolutionnaire en 1953 parce qu’il refusait de coopérer avec les communistes chinois pour renoncer à l’église romaine catholique. Fin 1956, il fut subitement libéré sans aucune explication. Il apparaît que le parti communiste décida d’utiliser la douceur pour obtenir la collaboration du père Cai afin d’influencer les autres catholiques à devenir membre de « l’église catholique patriotique » officiellement approuvée, une organisation fantoche du parti communiste.

Père Cai fut une fois de plus arrêté quand il refusa de coopérer. Il fut retenu sans jugement ou procès pour une durée de 15 ans jusqu’à sa condamnation et envoyé au camp du laogaï de Jiangxi où il mangea des grenouilles, des serpents, et des rats pour échapper aux privations.

Une fois en 1962, Père Cai et 5 autres prêtres furent enfermés dans une pièce de 6 pieds sur 12 avec 8 centimètres d’eau stagnante et sans fenêtre. Il continua son office de prêtre en prison malgré les conditions inhumaines et réussit à convertir avec succès au catholicisme des prisonniers qui étaient désignés par les gardiens pour les surveiller.

A la fin de sa peine, il fut forcé d’accepter « un placement à l’emploi forcé » dans un camp du laogaï parce que son motif de condamnation à l’origine était « contre-révolutionnaire » . Il fut arrêté à nouveau et condamné à 10 années à cause de ses activités de prêtre catholique. Père Cai resta au total 33 ans dans des camps du laogaï jusqu’en 1988 où il fut libéré. Il avait 81 ans au moment de sa libération.

 

 

Révérend Wang Chuhua 33 ans de Laogaï : né en 1915, Prêtre Catholique. 

Père Wang a été ordonné prêtre en 1952. Il a été arrêté pour crime contre-révolutionnaire et condamné à 12 ans de prison pendant le « mouvement anti-impérialiste religieux » . Il a été emprisonné dans l’usine de machine outil de Laodong à Shanghai, aussi connu comme détachement de Shanghai. Les outillages à mains de ce camp de Laogaï étaient destinés à l’exportation vers l’Europe et les Etats-Unis. En 1966, il fut « libéré  »  après avoir purgé sa peine, mais fut forcé de réintégrer le camp de Laogaï car son « crime  » initial était « contre-révolutionnaire  » . Révérend Wang fut de nouveau arrêté en 1981 pour ses pratiques religieuses qu’il n’avait pas abandonnées, qui étaient les baptêmes et les nouvelles conversions. Il a été condamné à 6 ans de plus d’internement jusqu’à l’âge de 60 ans.

Lorsqu’il a quitté la prison en 1987, il avait été incarcéré pendant 33 ans dans les camps de Laogaï de Shanghai, du Qinghai, et autres divers lieux. Sa sœur et tout ses amis avaient pensé qu’il était décédé.

Révérend Wang réside maintenant en Californie et continue son exercice clérical.

Photo presse France-Tibet : 15 mars 1995 Centre Leclerc examen d’outillage d’origine Laogaï.

Et n’oublions pas tellement d’autres comme:

YANG TONGYAN, Journaliste 22 ans de camps : il devait être libéré en 2017 … mais il est mort en prison le 17 novembre 2017 à l’âge de 56 ans.